Droits des personnes handicapées au Maroc : un cadre juridique encore trop méconnu
À Salé, une famille accompagnait depuis six ans un enfant porteur de trisomie sans avoir jamais demandé la carte de personne en situation de handicap. Les parents payaient eux-mêmes les consultations spécialisées, le transport et une partie de l’accompagnement éducatif. Ils ont découvert l’existence des dispositifs administratifs lors d’une permanence juridique organisée dans un centre associatif. Ce cas n’a rien d’exceptionnel.
Les enquêtes nationales consacrées au handicap montrent qu’une part considérable des ménages marocains est directement ou indirectement concernée. Pourtant, beaucoup de familles ignorent à quelle administration s’adresser, confondent carte de handicap, pension CNSS et aide sociale, ou renoncent après un premier refus oral. Le décalage entre les textes et la réalité reste profond.
Une précision juridique s’impose dès le départ. Le texte marocain de référence n’est pas une prétendue « loi 26-13 sur le handicap », fréquemment citée sur internet. Il s’agit de la loi-cadre n° 97-13 relative à la protection et à la promotion des droits des personnes en situation de handicap, promulguée par le dahir n° 1-16-52 du 27 avril 2016. De même, la loi n° 09-08 concerne la protection des données personnelles, et non le statut général des personnes handicapées. Cette confusion de numérotation peut conduire à de mauvais recours.
Voici donc les droits réellement garantis au Maroc, les démarches à entreprendre et, surtout, les moyens d’action lorsqu’une école, un employeur, la CNSS ou une administration ne respecte pas ses obligations.
1. Le socle juridique de la protection des personnes handicapées au Maroc
La loi-cadre n° 97-13 : le texte central
La loi-cadre n° 97-13 adopte une conception moderne du handicap. Celui-ci n’est pas réduit à une déficience médicale. Il résulte aussi de l’interaction entre les limitations durables d’une personne et les barrières physiques, sociales, institutionnelles ou comportementales qui entravent sa participation à la société.
Cette approche est essentielle. Une personne utilisant un fauteuil n’est pas seulement limitée par son état de santé : elle l’est aussi par un escalier sans rampe, un guichet inaccessible ou un employeur qui refuse tout aménagement. La protection juridique des personnes handicapées au Maroc doit donc agir à la fois sur l’accompagnement individuel et sur l’environnement.
La loi-cadre couvre notamment la prévention, l’accès aux soins, l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi, l’accessibilité, la participation sociale et la protection contre les discriminations. Elle fixe toutefois beaucoup d’objectifs généraux dont l’application dépend de textes réglementaires, de budgets publics et de mécanismes territoriaux. C’est là que les difficultés commencent.
La Constitution de 2011 et les engagements internationaux
Article 34 de la Constitution : les pouvoirs publics élaborent et mettent en œuvre des politiques destinées aux personnes et catégories à besoins spécifiques, notamment afin de traiter et prévenir leur vulnérabilité, puis de réhabiliter et intégrer dans la vie sociale et civile les personnes souffrant d’un handicap physique, sensorimoteur ou mental.
L’article 31 de la Constitution impose également à l’État, aux établissements publics et aux collectivités territoriales d’œuvrer à la mobilisation des moyens permettant l’égal accès aux soins, à la protection sociale, à l’éducation, à la formation professionnelle et à l’emploi. L’article 34 complète cette garantie par une obligation ciblée envers les personnes handicapées.
Le Maroc a ratifié en 2009 la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées ainsi que son Protocole facultatif. La Convention consacre notamment l’égalité devant la loi, l’accessibilité, l’éducation inclusive, le droit au travail et la notion d’aménagement raisonnable. Selon le préambule de la Constitution, les conventions internationales dûment ratifiées priment sur le droit interne, sous réserve de leur conformité à la Constitution et aux lois du Royaume.
D’autres textes complètent cet ensemble : la loi n° 10-03 relative aux accessibilités, son décret d’application n° 2-11-246, la loi n° 07-92 relative à la protection sociale des personnes handicapées, la loi n° 05-81 concernant les aveugles et déficients visuels, le Code du travail, le Code de la famille et la législation de sécurité sociale.
Des droits reconnus, mais une application encore inégale
Le droit positif marocain ne manque donc pas de principes. Il manque surtout de continuité dans l’exécution. Les normes d’accessibilité sont encore imparfaitement respectées, les accompagnants scolaires restent trop rares et l’évaluation administrative du handicap a longtemps varié d’une province à l’autre.
Attention toutefois : l’absence d’un décret ou d’un service parfaitement organisé ne permet pas à l’administration d’écarter les droits constitutionnels. Une décision individuelle discriminatoire peut être contestée, notamment devant le tribunal administratif.
2. Carte de personne en situation de handicap : utilité et procédure
À quoi sert la carte ?
La carte de personne en situation de handicap constitue un moyen officiel de reconnaissance administrative. Elle facilite l’accès aux prestations et mesures dont les conditions sont fixées par les textes applicables : programmes sociaux, dispositifs d’insertion, priorités d’accueil ou avantages accordés par certains opérateurs.
Elle ne doit pas être confondue avec une décision de la CNSS reconnaissant une invalidité professionnelle. La carte repose sur une évaluation multidimensionnelle du handicap, tandis que la pension CNSS dépend d’une incapacité de travail et d’une durée d’assurance. Une même personne peut donc être reconnue handicapée sans remplir les conditions de la pension CNSS, ou inversement.
Le dispositif a été précisé par le décret n° 2-22-1075 relatif à l’octroi de la carte de personne en situation de handicap. Il prévoit un système d’évaluation tenant compte des fonctions corporelles, des activités, de la participation et de l’environnement. Les modalités opérationnelles évoluant avec le déploiement territorial et numérique, le demandeur doit vérifier la procédure en vigueur auprès de la délégation provinciale du ministère chargé de la Solidarité ou sur son portail officiel.
Quels documents préparer ?
Le dossier comprend généralement les éléments d’identité et de résidence, une photographie, le formulaire administratif et des pièces médicales décrivant précisément la déficience et ses conséquences fonctionnelles. Pour un enfant, l’acte de naissance ou la copie du livret de famille ainsi que l’identité du représentant légal sont demandés. Selon la situation, des bilans psychologiques, orthophoniques, audiométriques ou fonctionnels peuvent être utiles.
- Copie de la carte nationale d’identité électronique ou pièce d’état civil pour le mineur ;
- justificatif de résidence lorsque l’administration le réclame ;
- certificats médicaux récents, lisibles et établis de préférence par les spécialistes concernés ;
- bilans complémentaires décrivant les limitations concrètes ;
- photographie d’identité et formulaire de demande ;
- document établissant la représentation légale si la demande est présentée par un tiers.
Concrètement, un certificat portant seulement la mention « autisme » ou « handicap moteur » est souvent insuffisant. Il vaut mieux décrire les difficultés de communication, de mobilité, d’autonomie, d’apprentissage ou d’orientation. Conservez une copie intégrale du dossier et exigez un récépissé daté. Sans preuve de dépôt, il devient difficile d’établir le silence ou le retard de l’administration.
Il n’existe pas de délai uniforme de deux à quatre mois pouvant être garanti dans tous les dossiers. Le temps de traitement dépend de l’évaluation, des pièces manquantes et du fonctionnement local. Si le dossier reste sans réponse, une réclamation écrite peut être adressée à l’autorité compétente, puis au Médiateur du Royaume. Une décision explicite de refus doit être motivée et peut faire l’objet d’un recours administratif ou contentieux.
Quels avantages sont réellement attachés à la carte ?
Il faut se méfier des catalogues d’avantages diffusés sans base réglementaire. La carte ne crée pas automatiquement la gratuité générale du train, de l’avion, des soins ou de tous les transports urbains. Certaines réductions résultent de conventions, de politiques commerciales ou de décisions locales. Elles doivent être vérifiées directement auprès de l’ONCF, des sociétés de transport ou de l’organisme concerné.
Sur le plan fiscal, l’article 92 du Code général des impôts prévoit des exonérations de TVA pour des matériels et produits limitativement visés, notamment certains appareils destinés aux personnes handicapées. L’exonération dépend de la nature exacte du bien et parfois de formalités douanières ou fiscales. Une carte de handicap ne suffit pas à exonérer n’importe quel véhicule ou équipement.
3. Allocations, pension d’invalidité CNSS et accident du travail
Existe-t-il une allocation nationale de 350 dirhams ?
Non, il ne faut pas présenter une allocation mensuelle universelle de 350 dirhams comme un droit ouvert par « l’article 30 de la loi 26-13 ». Cette affirmation, souvent reprise, ne correspond pas au cadre juridique marocain en vigueur. La loi-cadre n° 97-13 ne crée pas sous cette forme une prestation nationale automatique versée à toute personne ayant un taux d’incapacité supérieur à 67 %.
Les ménages peuvent relever de programmes distincts : aide sociale directe, protection sociale, soutien du Fonds d’appui à la protection sociale et à la cohésion sociale, prise en charge par l’Entraide nationale ou prestations liées à une assurance. Depuis la généralisation de l’AMO et la mise en place de l’aide sociale directe, l’éligibilité dépend notamment de l’inscription au Registre national de la population, au Registre social unifié et du score socio-économique du ménage. Le handicap peut être pris en compte, mais il ne faut pas confondre ce système avec une allocation d’invalidité uniforme.
La pension d’invalidité de la CNSS
La pension d’invalidité CNSS est une prestation contributive. Elle concerne l’assuré qui, avant l’âge ouvrant droit à la pension de vieillesse, devient incapable d’exercer une activité lucrative lui permettant de gagner plus du tiers de la rémunération normale d’un travailleur de qualification équivalente.
Le régime résulte du dahir portant loi n° 1-72-184 du 27 juillet 1972 relatif au régime de sécurité sociale, tel qu’il a été modifié. Sauf invalidité imputable à un accident autre qu’un accident du travail, l’assuré doit en principe totaliser au moins 1 080 jours d’assurance, dont 108 jours au cours des douze mois civils précédant le début de l’incapacité de travail suivie d’invalidité. Pour une invalidité due à un accident, la condition de stage est aménagée, sous réserve que la personne ait été assujettie à la CNSS au moment de l’accident.
Le montant de base correspond en principe à 50 % du salaire mensuel moyen de référence. Il est majoré d’un point pour chaque tranche de 216 jours d’assurance accomplie au-delà de 3 240 jours, dans la limite de 70 %. Une majoration est prévue lorsque l’état de l’assuré nécessite l’assistance permanente d’une tierce personne.
Exemple : avec un salaire mensuel moyen retenu de 4 000 dirhams, le taux initial de 50 % conduit à une pension théorique de 2 000 dirhams par mois. Si la carrière permet un taux de 60 %, la pension théorique atteint 2 400 dirhams, sous réserve des règles de plafonnement, de revalorisation et du salaire déclaré. Le calcul définitif appartient à la CNSS.
La demande doit être déposée rapidement auprès d’une agence CNSS, accompagnée des rapports médicaux et des justificatifs demandés. Un avocat en sécurité sociale à Marrakech peut intervenir lorsque la caisse rejette la demande, retient une date d’invalidité défavorable ou conteste la durée d’assurance.
Comment contester la décision médicale de la CNSS ?
Une simple lettre disant « je ne suis pas d’accord » ne suffit pas. Il faut obtenir la notification écrite, demander l’accès aux motifs médicaux communicables et produire un rapport spécialisé répondant aux critères professionnels retenus par la CNSS. Le litige ne porte pas seulement sur un pourcentage médical, mais sur la capacité restante à exercer une activité procurant un revenu déterminé.
Les délais et voies indiqués dans la notification doivent être respectés. Après les recours internes ou médicaux applicables, le contentieux des prestations relève du tribunal de première instance, généralement de sa formation sociale. Une expertise judiciaire peut être ordonnée. Les frais d’expertise varient selon la spécialité et la mission ; ils ne peuvent pas être annoncés comme un tarif national fixe.
Invalidité consécutive à un accident du travail
L’indemnisation des accidents du travail est principalement régie par la loi n° 18-12 relative à la réparation des accidents du travail, promulguée par le dahir n° 1-14-190 du 29 décembre 2014. L’employeur doit déclarer le sinistre à son assureur dans les conditions légales. La victime doit, de son côté, faire constater les lésions et conserver les certificats médicaux initial, de prolongation et de consolidation.
En cas d’incapacité permanente, la rente n’est pas toujours égale au salaire annuel multiplié mécaniquement par le taux médical. Le calcul utilise le salaire annuel retenu et un taux utile corrigé selon les règles légales : la partie du taux jusqu’à 50 % est réduite de moitié et la partie dépassant 50 % est majorée de moitié. À titre d’illustration, un taux médical de 40 % produit un taux utile de 20 %, tandis qu’un taux médical de 70 % conduit, sous réserve du calcul exact, à 25 % pour les cinquante premiers points et 30 % pour les vingt points suivants, soit 55 %.
Le salaire annuel est lui-même soumis aux règles de salaire minimum, de plafonds et de tranches prévues par la législation. En cas de désaccord sur la consolidation, le taux ou le salaire retenu, le tribunal de première instance statuant en matière sociale peut ordonner une expertise. L’assistance d’un avocat en accident du travail à Tanger est particulièrement utile avant d’accepter une offre définitive de l’assureur.
4. Emploi : quota public, aménagement raisonnable et discrimination
Le quota de 7 % dans le secteur public
Le quota d’emploi de 7 % existe, mais sa base juridique mérite d’être correctement présentée. La loi-cadre n° 97-13 affirme le principe d’accès à l’emploi et prévoit la réservation d’un pourcentage de postes. Le taux de 7 % trouve notamment son origine dans le décret n° 2-97-218 du 19 décembre 1997 et l’arrêté du Premier ministre n° 3-130-00 fixant la liste des emplois susceptibles d’être attribués en priorité aux personnes handicapées ainsi que le pourcentage réservé.
Des concours unifiés ont été organisés pour le recrutement de personnes en situation de handicap. Cela ne signifie pas que chaque concours public doit mécaniquement comporter 7 % de postes identifiables dans son avis. L’application s’apprécie au regard des dispositifs réglementaires, des postes concernés et de la programmation des recrutements. Les rapports institutionnels montrent néanmoins que l’insertion dans l’emploi public reste très inférieure aux besoins.
Un candidat écarté en raison de son handicap doit demander les motifs écrits de la décision, conserver l’avis de concours, sa convocation, ses résultats et tout échange avec l’administration. Le recours en annulation devant le tribunal administratif doit, en principe, être introduit dans les 60 jours suivant la publication ou la notification de la décision, conformément à l’article 23 de la loi n° 41-90 instituant les tribunaux administratifs.
Les obligations de l’employeur privé
Article 9 du Code du travail : est interdite toute discrimination entre salariés fondée notamment sur le handicap lorsqu’elle porte atteinte à l’égalité en matière d’emploi, de rémunération, de promotion, de formation ou d’exercice des droits professionnels.
Le handicap ne peut donc justifier un refus d’embauche, une rémunération inférieure ou un blocage de carrière sans raison objective liée aux exigences essentielles du poste. La Convention des Nations unies impose en outre l’aménagement raisonnable : adaptation des horaires, logiciel accessible, rampe, poste de travail modifié, interprétation en langue des signes ou réorganisation de tâches, à condition que la mesure n’impose pas une charge disproportionnée.
L’accessibilité physique relève également de la loi n° 10-03 et de ses textes d’application. Les bâtiments ouverts au public et certains lieux de travail doivent intégrer les normes d’accessibilité lors de leur conception ou de leur aménagement. En pratique, les contrôles demeurent insuffisants.
En cas de discrimination, écrivez à l’employeur et saisissez l’inspection du travail. Décrivez les faits, les dates, les personnes présentes, l’aménagement demandé et la réponse obtenue. Mes confrères de Marrakech et de Fès me rapportent régulièrement que le principal obstacle n’est pas l’absence de droit, mais l’absence de preuve : refus uniquement oral, échanges téléphoniques non confirmés et témoins réticents.
Peut-on licencier un salarié devenu handicapé ?
Une maladie ou un handicap ne rend pas automatiquement le licenciement licite. L’employeur doit distinguer l’inaptitude médicalement constatée, l’absence temporaire justifiée et l’impossibilité réelle d’occuper le poste. Un licenciement fondé directement sur le handicap peut être déclaré abusif et discriminatoire.
Le salarié doit transmettre ses certificats, demander par écrit les adaptations possibles et répondre aux convocations médicales régulières. Si le licenciement est prononcé, il faut agir rapidement devant la juridiction sociale. Un avocat en droit du travail à Casablanca pourra chiffrer l’indemnité de préavis, l’indemnité de licenciement, les dommages-intérêts et les droits restant dus.
5. Droits de l’enfant handicapé : scolarisation et protection
Le droit à l’éducation inclusive
L’article 31 de la Constitution, la loi-cadre n° 97-13, la loi-cadre n° 51-17 relative au système d’éducation, de formation et de recherche scientifique et la Convention internationale garantissent l’accès à l’éducation sans discrimination. La loi n° 04-00 relative à l’obligation de l’enseignement fondamental consacre en outre l’obligation scolaire pour les enfants concernés par la tranche d’âge légale. Le handicap n’est pas un motif général d’exclusion.
Un directeur ne peut pas se contenter de dire : « Nous ne sommes pas équipés ». Il doit examiner la situation, solliciter les services provinciaux et rechercher une solution pédagogique adaptée. Certes, l’éducation inclusive souffre encore d’un manque d’accompagnants, de classes accessibles et de formation spécialisée. Mais une difficulté matérielle ne transforme pas automatiquement un refus discriminatoire en décision légale.
En cas de refus, les parents doivent déposer une demande écrite auprès de l’établissement, puis saisir la direction provinciale et l’académie régionale d’éducation et de formation. Il faut joindre l’acte de naissance, les bilans utiles, la preuve de résidence et la décision contestée. Une copie peut être adressée au CNDH. Si l’enfant subit un préjudice grave, une consultation auprès d’un avocat en droit de la famille à Casablanca permettra d’envisager un référé ou un recours administratif.
Centres spécialisés et coûts supportés par les familles
Les associations et centres spécialisés jouent un rôle déterminant, souvent avec l’appui de l’Entraide nationale ou de départements ministériels. Ils peuvent proposer orthophonie, psychomotricité, accompagnement éducatif et formation professionnelle. Le coût restant à la charge des familles varie énormément : certaines structures sont subventionnées, d’autres facturent plusieurs centaines ou plusieurs milliers de dirhams par mois.
Avant l’inscription, demandez l’autorisation ou l’agrément de la structure, le projet individualisé, la qualification des intervenants, le règlement intérieur et les conditions de résiliation. Un centre ne doit pas retenir les documents personnels de l’enfant ni imposer des soins sans consentement du représentant légal.
Maltraitance et signalement
Les violences, privations de soins, humiliations ou exploitations visant un enfant handicapé doivent être signalées au procureur du Roi près le tribunal de première instance, à la police ou à la gendarmerie. Le Code pénal aggrave plusieurs infractions lorsque la victime est un mineur ou une personne vulnérable. Un certificat médical, des photographies licites, des messages et les témoignages du personnel peuvent être décisifs.
6. Tutelle d’un adulte ayant un handicap mental ou psychique
Le handicap n’entraîne pas automatiquement l’incapacité juridique
C’est un principe fondamental : une déficience intellectuelle ou un trouble psychique ne prive pas automatiquement une personne majeure de sa capacité. La restriction doit résulter des règles du Code de la famille relatives à la capacité et à l’interdiction, notamment ses articles 206 et suivants. Le juge apprécie la situation concrète et ne devrait pas confondre diagnostic médical et incapacité totale de décider.
Les articles 216 et suivants de la Moudawana traitent des causes d’interdiction, notamment l’altération des facultés mentales et la prodigalité. La représentation légale est organisée par les articles 229 et suivants : elle peut être exercée par le père, la mère dans les conditions légales, un tuteur testamentaire ou un tuteur datif désigné par le juge.
Procédure devant la section de la justice de la famille
La requête est déposée auprès de la section de la justice de la famille du tribunal de première instance compétent. Elle doit expliquer l’état de la personne, sa situation familiale et patrimoniale, ainsi que les actes pour lesquels une représentation est nécessaire. Le tribunal peut entendre l’intéressé et ordonner une expertise psychiatrique ou médicale.
Le coût d’une expertise dépend du tribunal, de la mission et de l’expert désigné ; une fourchette de 800 à 1 500 dirhams parfois annoncée n’est ni un tarif légal ni une garantie. Les délais varient également selon les auditions et les investigations. Une procédure de trois à six mois est possible, mais certains dossiers durent davantage.
Beaucoup de familles gèrent la situation de fait sans jugement. Cela fonctionne jusqu’au jour où il faut vendre un bien, accepter une succession, partager un héritage, ouvrir ou clôturer un compte, ou signer devant un notaire. À ce moment-là, l’absence de représentation régulière peut bloquer l’opération et exposer le patrimoine de la personne handicapée à des abus.
Les actes de disposition importants, notamment la vente d’un immeuble appartenant à la personne protégée, sont soumis au contrôle du juge chargé des tutelles et peuvent nécessiter une autorisation préalable. Le représentant doit administrer dans l’intérêt exclusif de la personne protégée et rendre les comptes exigés. Sa responsabilité civile, voire pénale, peut être engagée en cas de détournement.
Le droit marocain ne connaît pas exactement les mêmes régimes gradués de curatelle et de sauvegarde de justice que le droit français. Cette absence de gradation est critiquée au regard de l’article 12 de la Convention de l’ONU, qui privilégie l’accompagnement à la prise de décision plutôt que la substitution systématique. Un avocat en droit de la famille à Rabat peut aider à limiter la mesure aux besoins réels.
7. Discrimination : quels recours juridiques exercer ?
La preuve avant toute chose
Une discrimination peut apparaître dans un refus d’emploi, une exclusion scolaire, l’inaccessibilité persistante d’un service ou un traitement défavorable sans justification objective. Avant de saisir un tribunal, rassemblez les preuves : décision écrite, courriels, captures d’écran, annonce d’emploi, certificats, noms des témoins et demandes d’aménagement.
Envoyez ensuite une mise en demeure ou une réclamation par lettre recommandée avec accusé de réception, par huissier de justice ou via le bureau d’ordre contre récépissé. En pratique devant les juridictions de première instance, on observe qu’un dossier chronologique et documenté pèse davantage que de longues affirmations impossibles à vérifier.
Voies administrative, civile, sociale et pénale
Si la décision émane d’une administration, le recours peut viser son retrait, puis son annulation devant le tribunal administratif. Le délai ordinaire de 60 jours prévu par l’article 23 de la loi n° 41-90 doit être surveillé. Pour des conseils locaux, il est possible de consulter un avocat en droit administratif à Fès.
Lorsque le dommage est causé par une personne privée, les articles 77 et 78 du Dahir des obligations et contrats permettent de demander réparation du préjudice matériel et moral résultant d’une faute. En matière de travail, le tribunal de première instance statuant en matière sociale est compétent.
Article 431-1 du Code pénal : constitue une discrimination toute distinction opérée entre personnes physiques en raison notamment de leur état de santé ou de leur handicap, dans les conditions définies par la loi.
Les sanctions figurent principalement aux articles 431-2 et suivants du Code pénal. Contrairement à une information fréquemment diffusée, la peine générale n’est pas automatiquement de un à cinq ans d’emprisonnement. Selon la qualification et l’auteur, l’article 431-2 prévoit notamment une peine d’un mois à deux ans et une amende de 1 200 à 50 000 dirhams lorsqu’une discrimination consiste à refuser un bien, un service, une embauche ou à sanctionner une personne.
La plainte est déposée auprès du procureur du Roi, de la police judiciaire ou de la gendarmerie. Elle doit identifier les propos, la décision ou le comportement discriminatoire. Un avocat en droit pénal à Agadir peut vérifier si les faits relèvent de la discrimination pénale, de violences, d’injures ou d’une autre infraction.
CNDH, Médiateur du Royaume et aide juridictionnelle
Le Conseil national des droits de l’Homme et ses commissions régionales peuvent recevoir gratuitement des plaintes relatives aux droits fondamentaux. Leur intervention ne remplace pas le recours judiciaire et n’interrompt pas nécessairement son délai. Il faut donc saisir le tribunal à temps, même si une médiation institutionnelle est en cours.
Le Médiateur du Royaume intervient dans les litiges avec les administrations, établissements publics et organismes exerçant des prérogatives publiques. Sa saisine est utile en cas de silence, de retard ou de dysfonctionnement administratif. Elle ne remplace pas non plus le recours en annulation.
Une personne dépourvue de ressources peut demander l’aide juridictionnelle sur le fondement du dahir du 1er novembre 1966 relatif à l’assistance judiciaire. Le dossier comprend habituellement une demande, des justificatifs de ressources ou d’indigence et les pièces du litige. Le bureau d’assistance judiciaire compétent examine la demande.
Mémo de cabinet : tribunal et délais
| Situation | Texte principal | Autorité compétente | Délai à surveiller |
|---|---|---|---|
| Refus d’un concours public | Loi n° 41-90, article 23 | Tribunal administratif | En principe 60 jours |
| Discrimination au travail | Code du travail, article 9 | Inspection du travail puis tribunal social | Variable selon les demandes |
| Discrimination pénale | Code pénal, articles 431-1 et suivants | Procureur du Roi | Agir sans attendre |
| Pension CNSS refusée | Dahir n° 1-72-184 | Recours CNSS puis tribunal social | Voir la notification |
| Tutelle d’un majeur | Code de la famille, articles 206 et suivants | Section de la justice de la famille | Pas de délai unique |
| Accident du travail | Loi n° 18-12 | Assureur puis tribunal social | Délais spéciaux à vérifier |
Connaître ses droits pour pouvoir les exercer
Les droits des personnes handicapées au Maroc couvrent l’éducation, l’emploi, l’accessibilité, la protection sociale, la capacité juridique et la réparation des discriminations. Mais aucun de ces droits ne s’exerce efficacement sans documents, sans réclamation écrite et sans respect des délais.
Le cadre légal existe. Son application reste lacunaire, variable d’une ville à l’autre et parfois décourageante. Il faut le dire honnêtement. J’ai vu des dossiers légitimes échouer faute de preuve, tandis que d’autres ont abouti parce que la famille avait conservé chaque courrier et contesté la décision à temps.
La connaissance du droit n’est pas une faveur accordée aux familles : c’est leur premier outil de résistance. Pour une situation complexe, mieux vaut trouver un avocat spécialisé dans le handicap au Maroc ou se rapprocher d’une association reconnue avant l’expiration du délai de recours.
