Droit des affaires|32 min de lecture

Fusions-Acquisitions au Maroc : Guide Juridique Complet 2026 — Procédures, Due Diligence et Formalités

De la lettre d'intention au closing, comprendre chaque étape juridique, fiscale et administrative d'une opération de M&A au Maroc pour sécuriser votre transaction.

Omar El Fassi

Juriste éditorial — droit immobilier

Besoin d'un avocat en Droit des affaires ?

Consultez des profils vérifiés près de chez vous

Voir l'annuaire

Le cadre légal des fusions-acquisitions au Maroc : les textes qui gouvernent tout

Loi 17-95 sur les sociétés anonymes
Texte de référence pour les fusions de SA au Maroc, régissant la procédure d'approbation, le commissaire à la fusion et les droits des actionnaires, modifié en dernier lieu par la loi n° 78-12.
Loi 5-96 sur la SARL et autres formes sociales
Régit les cessions de parts sociales de SARL et les fusions de sociétés autres que les SA, avec des dispositions moins détaillées que la loi 17-95.
Loi 104-12 sur la concurrence
Organise le contrôle des concentrations économiques, la notification obligatoire au Conseil de la Concurrence et les sanctions en cas de défaut (articles 11 à 23).
Loi 20-13 relative au Conseil de la Concurrence
Définit le statut, les attributions et l'indépendance du Conseil de la Concurrence, institution chargée d'examiner les opérations de concentration notifiées.
Code général des impôts (CGI) – articles 161 et 162
Prévoient le régime de neutralité fiscale des fusions permettant de différer l'imposition des plus-values d'apport sous conditions strictes de conservation.
DOC (Dahir des obligations et contrats de 1913)
Régit la force obligatoire et la validité des protocoles de cession, lettres d'intention, garanties d'actif et de passif et clauses de non-concurrence au Maroc.
Loi 44-10 sur Casablanca Finance City
Peut s'appliquer aux opérations transfrontalières impliquant des entités CFC, avec un régime fiscal et réglementaire spécifique favorable aux holdings et aux M&A régionaux.

Les fusions-acquisitions au Maroc ne reposent pas sur un code unique dédié au M&A. Le praticien navigue entre plusieurs textes qui se combinent selon la forme juridique de la cible et la nature de l'opération. La loi n° 17-95 relative aux sociétés anonymes, telle que modifiée par la loi n° 20-05 puis la loi n° 78-12, constitue la colonne vertébrale des fusions impliquant des SA : elle régit la procédure d'approbation, le rôle du commissaire à la fusion et les droits des actionnaires minoritaires. Pour les SARL, SNC et sociétés en commandite, c'est la loi n° 5-96 qui s'applique — une loi beaucoup moins détaillée, ce qui crée des zones grises que la pratique contractuelle comble.

Le contrôle des concentrations économiques, lui, relève d'un régime distinct : la loi n° 104-12 sur la liberté des prix et de la concurrence, dont les articles 11 à 23 organisent la procédure de notification obligatoire. Cette loi est complétée par la loi n° 20-13 relative au Conseil de la Concurrence, qui définit les attributions et l'indépendance de cette institution. Le décret n° 2-14-652 précise les modalités d'application. Concrètement, toute opération qui franchit les seuils de chiffre d'affaires prévus à l'article 11 doit être notifiée avant d'être réalisée — c'est un point que beaucoup d'opérateurs sous-estiment.

En matière contractuelle, le Dahir du 9 ramadan 1331 formant Code des obligations et des contrats (DOC) régit la force obligatoire des lettres d'intention, protocoles de cession et garanties d'actif et de passif. Les articles 230 et suivants sur la promesse de vente et les articles 52 et 224 sur la réticence dolosive sont régulièrement invoqués dans les contentieux post-acquisition. Le droit marocain n'a pas de texte spécifique sur les representations & warranties à l'anglo-saxonne, mais la liberté contractuelle du DOC permet de les stipuler valablement.

Deux régimes spéciaux méritent mention. Le Code général des impôts (CGI), dans ses articles 161 et 162, prévoit un régime de neutralité fiscale pour les fusions remplissant des conditions strictes — c'est un levier fiscal majeur à anticiper dès la structuration. La loi n° 44-10 sur le statut de Casablanca Finance City peut s'appliquer aux opérations transfrontalières impliquant des entités CFC, avec des avantages fiscaux spécifiques. Pour les sociétés cotées à la Bourse de Casablanca, les offres publiques d'achat ou d'échange sont en outre régies par les textes de l'AMMC.

Cartographier l'opération avant de la lancer : l'audit juridique (due diligence) au Maroc

Extrait registre de commerce OMPIC
Document de base de la due diligence corporate, permettant de vérifier l'immatriculation, le capital, les dirigeants et les actes déposés de la société cible.
Statuts et PV d'assemblées des 5 dernières années
Révèlent les modifications de capital, les engagements hors bilan, les clauses statutaires restrictives et l'historique des décisions sociales significatives.
Contrats significatifs et clauses de changement de contrôle
Tout contrat comportant une clause qui permet à l'autre partie de le résilier ou de le modifier en cas de changement d'actionnariat doit être identifié avant le closing.
Attestation de régularité fiscale DGI
Délivrée par la Direction Générale des Impôts, elle atteste de l'absence d'arriérés fiscaux à la date d'émission mais ne couvre pas les exercices non encore contrôlés.
Attestation de régularité sociale CNSS
Certifie que la société cible est à jour de ses cotisations auprès de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, un passif social non déclaré étant transféré à l'acquéreur en cas de cession de titres.
État hypothécaire ANCFCC
Document délivré par l'Agence Nationale de la Conservation Foncière révélant toutes les charges, hypothèques et inscriptions grevant les titres fonciers de la société cible.
Marques et brevets OMPIC
La consultation du registre de l'OMPIC vérifie que les droits de propriété intellectuelle exploités sont bien titularisés au nom de la cible et non au nom de tiers.
Litiges en cours : déclaration des parties et certificat de non-instance
L'acquéreur doit obtenir une déclaration exhaustive des litiges pendants et peut solliciter un certificat auprès des juridictions pour les procédures enregistrées.

La due diligence juridique est la première opération concrète d'une acquisition. Son but est simple : avant de s'engager sur un prix et une structure, l'acquéreur doit savoir exactement ce qu'il achète. En pratique au Maroc, cela commence par l'envoi d'une liste de documents à la société cible, organisée en catégories : corporate, fiscal, social, propriété intellectuelle, immobilier, et litiges. La cible met ces documents à disposition dans une dataroom — physique dans les PME familiales, où il est courant que l'avocat de l'acquéreur passe plusieurs journées dans les locaux à consulter des archives papier, numérique dans les opérations plus structurées.

Le volet corporate est incontournable : on vérifie l'extrait d'immatriculation au registre de commerce de l'OMPIC, les statuts en vigueur, les procès-verbaux d'assemblées des cinq dernières années et les résolutions du conseil d'administration. Ces documents révèlent d'éventuelles modifications de capital non enregistrées, des engagements hors bilan votés en assemblée, ou des clauses statutaires restrictives ignorées par la cible elle-même. Le registre de commerce est partiellement consultable en ligne via le portail OMPIC, mais le praticien expérimenté complète toujours cette vérification au greffe du tribunal de commerce compétent — Casablanca, Rabat, Marrakech selon le lieu du siège.

La situation fiscale et sociale conditionne souvent la décision finale. L'attestation de régularité fiscale délivrée par la DGI et l'attestation CNSS sont des documents clés : leur absence ou les réserves qu'elles contiennent signalent immédiatement un risque de redressement post-acquisition. Attention : ces attestations photographient la situation à une date donnée, elles ne couvrent pas les exercices non encore contrôlés. C'est pourquoi un examen des déclarations fiscales des quatre derniers exercices et des accords éventuels avec l'administration fiscale fait partie intégrante de la mission de l'avocat et du conseiller fiscal.

La due diligence immobilière s'effectue auprès de l'ANCFCC : un état hypothécaire sur chaque titre foncier de la cible révèle les hypothèques, nantissements, servitudes et inscriptions diverses. Pour la propriété intellectuelle — marques, brevets, dessins et modèles —, la consultation du registre de l'OMPIC permet de vérifier que les actifs incorporels sont bien titularisés au nom de la cible et non d'un actionnaire ou d'une holding tierce. Un rapport de due diligence bien rédigé classe les risques identifiés en trois catégories : rédhibitoires (bloquants), aménageables par une garantie d'actif et de passif, et neutres.

Avocats à votre disposition

Des avocats en Droit des affaires au Maroc

Profils vérifiés, membres des barreaux du Maroc — appelez-les ou écrivez-leur directement depuis leur fiche

Maha Jawhari
9 ans d'expérience

Maha Jawhari

Cabinet Me. Maha Jawhari•Casablanca

Avocate au Barreau de Casablanca et fondatrice du Cabinet Jawhari, j’accompagne depuis plus de sept ans aussi bien des particuliers que des entreprises et des groupes internationaux dans leurs problématiques juridiques les plus exigeantes. Mon cabinet intervient en droit des affaires et droit commercial, droit du travail, droit de la famille, droit du numérique et protection des données personnelles (conformité loi 09-08 / CNDP). Qu’il s’agisse de sécuriser une situation personnelle, de structurer une PME ou de gérer les risques juridiques d’un grand compte, j’apporte une approche conseil — proactive et orientée résultats. Forte d’une double culture juridique francophone et arabophone, j’interviens avec la rigueur et la réactivité qu’exigent aussi bien les dossiers sensibles des particuliers que les environnements corporate et les transactions à fort enjeu.

Droit des affairesPropriété intellectuelleDroit du travail+12
Français · Anglais · Arabe
Contact direct uniquement
Abdelhalim Zendaguy
4 ans d'expérience

Abdelhalim Zendaguy

Cabinet Me. Abdelhalim Zendaguy•Marrakech

Avocat au Barreau de Marrakech, spécialisé en droit des affaires, droit civil, droit immobilier, droit de la famille et droit pénal

Droit des affairesDroit du travailDroit immobilier+30
Français · العربية
Contact direct uniquement
LAILA EL KASSIBI
23 ans d'expérience

LAILA EL KASSIBI

Cabinet Me. LAILA EL KASSIBI•Rabat

vous avez une question juridique ? Vous souhaitez connaître vos droits avant de prendre une décision ou d'engager une procédure ? Lors d'une consultation par téléphone ou en visioconférence, je réponds à vos questions, j'analyse votre situation, et vous indique les démarches les plus adaptées à votre cas. Vous pouvez me consulter notamment pour : comprendre vos droits et vos obligations évaluer vos chances de succès dans un litige savoir quelles démarches entreprendre analyser un contrat ou un document avant de le signer être conseillé dans un conflit avec un particulier ou une entreprise Chaque consultation est personnalisée, confidentielle et orientée vers des solutions concrètes. Plus de 23 ans d'expérience au service des particuliers et des entreprises.

Droit du travailDroit des affairesDroit de la famille+11
Français · Arabe
Prochain rendez-vousAujourd'hui

Notification au Conseil de la Concurrence : seuils, délais et procédure en 2026

Seuil chiffre d'affaires mondial consolidé : 750 millions MAD
Premier seuil cumulatif de notification : le CA mondial total de toutes les entreprises parties à l'opération doit dépasser 750 millions de dirhams HT (article 11, loi 104-12).
Seuil chiffre d'affaires au Maroc : 250 millions MAD pour deux entreprises
Second seuil cumulatif : au moins deux des entreprises parties doivent chacune réaliser plus de 250 millions de dirhams HT de chiffre d'affaires au Maroc.
Délai phase I : 60 jours ouvrables
Le Conseil de la Concurrence dispose de 60 jours ouvrables à compter de la réception d'un dossier complet pour rendre sa décision en phase I.
Délai phase II : 90 jours ouvrables supplémentaires
Si le Conseil ouvre une enquête approfondie (phase II), 90 jours ouvrables additionnels s'ajoutent au délai de phase I avant toute décision.
Standstill obligation
L'opération ne peut pas être réalisée avant l'autorisation du Conseil ou l'expiration du délai légal : la violer expose aux sanctions de l'article 20 de la loi 104-12.
Sanction défaut de notification : jusqu'à 5 % du CA marocain
L'article 20 de la loi 104-12 prévoit une amende pouvant atteindre 5 % du chiffre d'affaires HT réalisé au Maroc par les entreprises concernées.

La notification au Conseil de la Concurrence est obligatoire dès que l'opération franchit simultanément deux seuils cumulatifs fixés à l'article 11 de la loi n° 104-12. Premier seuil : le chiffre d'affaires total hors taxes mondial consolidé de l'ensemble des entreprises concernées — cédant, acquéreur et cibles — dépasse 750 millions de dirhams. Second seuil : le chiffre d'affaires total hors taxes réalisé individuellement au Maroc par au moins deux des entreprises parties à l'opération dépasse chacun 250 millions de dirhams. Ces deux conditions doivent être réunies simultanément. En dessous, aucune notification préalable n'est requise, mais le Conseil conserve la faculté d'intervenir d'office en cas d'atteinte à la concurrence.

La notification doit intervenir avant la réalisation effective de l'opération — c'est ce qu'on appelle le standstill : l'acte définitif ne peut pas être signé tant que le Conseil n'a pas rendu sa décision ou que le délai légal n'est pas expiré. Le dossier de notification suit un format type défini par le Conseil de la Concurrence. Il comprend notamment une description précise de l'opération, des informations sur les marchés pertinents affectés, les parts de marché des entreprises concernées, et une analyse des effets concurrentiels attendus. Un dossier incomplet suspend le délai d'examen : le Conseil demande un complément, le chronomètre repart à zéro.

Le délai d'examen en phase I est de 60 jours ouvrables à compter de la réception d'un dossier complet. À l'issue de cette phase, le Conseil peut autoriser l'opération, l'autoriser sous conditions (engagements des parties), l'interdire, ou ouvrir une phase II d'enquête approfondie qui ajoute 90 jours ouvrables supplémentaires. En pratique, la quasi-totalité des opérations est autorisée en phase I, mais les délais sont réels et doivent être intégrés dès la rédaction du protocole de cession via une condition suspensive d'obtention de l'autorisation.

La sanction pour défaut de notification est sévère. L'article 20 de la loi n° 104-12 prévoit une amende pouvant atteindre 5 % du chiffre d'affaires hors taxes réalisé au Maroc par les entreprises en cause. Le Conseil peut également enjoindre les parties de notifier l'opération a posteriori, de la modifier ou, dans les cas les plus graves, de procéder à un désinvestissement. Depuis 2024, le Conseil de la Concurrence publie davantage ses décisions de concentration sur son site officiel, permettant aux praticiens de dégager une doctrine sur les marchés pertinents retenus au Maroc — ce qui aide à anticiper le risque d'ouverture d'une phase II.

Choisir entre cession d'actifs et cession de titres : enjeux juridiques et fiscaux

Cession de titres (actions SA ou parts sociales SARL)
L'acquéreur reprend la société avec tout son passif connu ou latent — dettes fiscales, sociales, litiges —, ce qui justifie une due diligence approfondie et une GAP solide.
Cession d'actifs ou fonds de commerce
L'acquéreur choisit précisément les actifs repris et ne prend pas en charge les dettes non expressément stipulées, sauf les contrats de travail transférés d'office par l'article 19 du Code du travail.
Agrément des associés SARL (article 58 loi 5-96)
Toute cession à un tiers étranger à la SARL requiert l'accord des associés représentant 75 % du capital (hors parts du cédant), dans un délai de 30 jours.
Plus-value cession titres non cotés – personne physique : 20 %
La plus-value de cession de titres non cotés réalisée par une personne physique résidente est soumise à l'IR au taux de 20 % en prélèvement libératoire (article 73-II-C CGI).
Plus-value cession titres cotés – personne physique : 15 %
Le prélèvement libératoire sur les plus-values de cession de titres cotés à la Bourse de Casablanca est de 15 % pour les personnes physiques résidentes (article 73-II-B CGI).
Droits d'enregistrement cession de fonds de commerce
Taux progressif : 0 % jusqu'à 300 000 MAD, 3 % de 300 001 à 1 000 000 MAD, 6 % au-delà — à enregistrer à la DGI dans les 30 jours sous peine d'amende de 15 % (article 208 CGI).

Le choix du véhicule juridique est souvent la décision la plus stratégique de toute l'opération, et elle se prend dès la négociation préliminaire. Dans une cession de titres — actions d'une SA ou parts sociales d'une SARL —, l'acquéreur reprend la société avec son intégralité : ses contrats, ses actifs, mais aussi tout son passif, y compris les dettes fiscales et sociales antérieures, les litiges en cours et les engagements hors bilan. C'est le scénario le plus courant, mais c'est aussi celui où la due diligence est la plus déterminante, car l'acquéreur ne peut pas choisir ce qu'il reprend.

La cession d'actifs — fonds de commerce ou actifs identifiés — offre une protection structurelle à l'acquéreur : il choisit précisément ce qu'il achète et ne reprend pas les dettes non expressément stipulées dans l'acte. Il y a cependant une exception de taille en matière sociale : l'article 19 du Code du travail (loi n° 65-99) prévoit le transfert automatique des contrats de travail en cas de modification dans la situation juridique de l'employeur, quel que soit le véhicule choisi. Les salariés suivent l'activité, pas la structure juridique. Cette règle est d'ordre public — on ne peut pas y déroger contractuellement.

La procédure de cession de parts sociales d'une SARL implique une étape préalable souvent sous-estimée : l'agrément des associés. L'article 58 de la loi n° 5-96 impose que toute cession à un tiers étranger à la société soit soumise à l'accord des associés représentant au moins les trois quarts du capital social, après déduction des parts du cédant. Les associés ont 30 jours pour se prononcer. En cas de refus, ils doivent soit racheter les parts eux-mêmes, soit trouver un acquéreur agréé dans les trois mois — à défaut, l'agrément est réputé acquis. Cette procédure ne s'applique pas aux cessions entre associés, ni aux cessions au conjoint, aux ascendants ou aux descendants.

Fiscalement, les deux options divergent sensiblement. La cession de titres génère une plus-value soumise à l'IS au taux marginal pour une personne morale, ou à l'IR au taux de 20 % (prélèvement libératoire) pour une personne physique résidente détenant des titres non cotés — article 73-II-C du CGI. Pour les titres cotés à la BVC, le taux est de 15 % en prélèvement libératoire. La cession de fonds de commerce, elle, est soumise à des droits d'enregistrement progressifs : 0 % jusqu'à 300 000 MAD, 3 % de 300 001 à 1 000 000 MAD, et 6 % au-delà d'un million de dirhams. L'acte doit impérativement être enregistré auprès de la DGI dans les 30 jours sous peine d'une amende de 15 % des droits dus (article 208 CGI).

Rédiger le protocole de cession et les actes préparatoires : ce que la loi marocaine impose

Lettre d'intention (LOI)
Document précontractuel fixant les grandes lignes de la négociation — prix indicatif, structure, calendrier — dont la portée obligatoire dépend de sa rédaction au regard des articles 230 et suivants du DOC.
Accord de confidentialité (NDA)
Contrat protégeant les informations divulguées pendant la due diligence, valide en droit marocain sur le fondement de la liberté contractuelle du DOC sans qu'un texte spécial soit requis.
Protocole de cession (SPA)
Acte principal de la transaction fixant le prix, les modalités de paiement, les conditions suspensives, les représentations et garanties du cédant, et les engagements post-closing.
Conditions suspensives
Clauses subordonnant le caractère définitif de la cession à des événements précis (autorisation concurrence, financement, agrément) avec une date butoir encadrée par l'article 107 du DOC.
Earn-out (complément de prix)
Mécanisme contractuel par lequel une partie du prix est différée et indexée sur les performances futures de la cible, admis par la pratique marocaine sur le fondement de la liberté contractuelle.
Garantie d'actif et de passif (GAP)
Engagement du cédant d'indemniser l'acquéreur pour tout passif non révélé se matérialisant après le closing, avec un plafond, une franchise et une durée à négocier soigneusement.
Séquestre (escrow)
Mécanisme confiant une partie du prix à un tiers — avocat ou notaire — jusqu'à la levée des conditions suspensives ou l'expiration du délai de garantie, sécurisant les deux parties.

Avant le protocole de cession proprement dit, deux actes préparatoires structurent la négociation. La lettre d'intention (LOI ou term sheet) fixe les grandes lignes de l'accord — prix indicatif, structure envisagée, calendrier — sans créer en principe d'obligation définitive. Mais attention : une LOI trop précise sur le prix, assortie d'une clause d'exclusivité, peut être requalifiée en promesse de vente synallagmatique par un tribunal. Les articles 230 et suivants du DOC régissent ces promesses. L'accord de confidentialité (NDA) est signé simultanément pour protéger les informations divulguées pendant la due diligence — le DOC ne comporte pas de texte spécifique mais la liberté contractuelle des articles 401 et suivants suffit à lui conférer toute sa force.

Le protocole de cession — souvent appelé SPA (share purchase agreement) dans les opérations avec des investisseurs étrangers — est l'acte central. Il doit identifier précisément les parties et la société cible, fixer le prix et ses modalités de paiement. Un mécanisme d'earn-out (complément de prix indexé sur les performances futures) est admis par la pratique marocaine sur le fondement de la liberté contractuelle, mais sa mise en œuvre concrète peut générer des litiges si les modalités de calcul ne sont pas minutieusement définies. Un mécanisme de séquestre (escrow) confié à un avocat ou à un notaire est fortement recommandé pour sécuriser le paiement.

Les conditions suspensives sont la mécanique de sécurité de toute opération de M&A sérieuse. Les plus fréquentes au Maroc : obtention de l'autorisation du Conseil de la Concurrence, obtention du financement bancaire de l'acquéreur, obtention de l'agrément des associés en SARL, et parfois le renouvellement d'un agrément administratif sectoriel. Chaque condition suspensive doit comporter une date butoir claire au-delà de laquelle le protocole tombe si elle n'est pas réalisée. L'article 107 du DOC encadre les obligations conditionnelles : si la condition est défaillie de mauvaise foi par l'une des parties, elle est réputée accomplie.

La garantie d'actif et de passif (GAP) est la clause qui fait l'objet des négociations les plus longues. Elle engage le cédant à indemniser l'acquéreur si un passif non révélé lors de la due diligence se matérialise après le closing. Une GAP bien construite comporte un plafond d'indemnisation (souvent 20 à 50 % du prix de cession), une franchise (seuil en dessous duquel l'acquéreur supporte seul le préjudice, souvent 1 à 2 % du prix), une durée calée sur les prescriptions marocaines — quatre ans pour les dettes fiscales (article 232 CGI) et cinq ans pour les cotisations sociales —, et une liste limitative des garanties couvertes. Sans plafond ni franchise, le contentieux post-acquisition est quasi systématique.

La procédure de fusion proprement dite : étapes légales pour les SA et SARL au Maroc

Décision du conseil d'administration ou de gérance
Première étape formelle : approbation du principe de fusion et du projet de traité, avec convocation régulière du conseil et respect des règles de quorum statutaires.
Commissaire à la fusion (CAF)
Expert-comptable inscrit à l'OECM, désigné par ordonnance du président du tribunal de commerce sur requête conjointe, dont la mission est de valider la valeur des apports et la parité d'échange.
Rapport du commissaire à la fusion
Document certifiant l'équité de la parité d'échange, déposé au greffe du tribunal de commerce au moins 30 jours avant l'AGE d'approbation.
Assemblée générale extraordinaire (AGE) d'approbation
AGE de chaque société participante approuvant le traité de fusion à la majorité renforcée des deux tiers des actions présentes ou représentées (article 110, loi 17-95).
Publication au Bulletin officiel et dans un JAL
Publicité légale obligatoire ouvrant le délai de 30 jours pendant lequel les créanciers peuvent faire opposition à la fusion devant le tribunal de commerce (article 233, loi 17-95).
Délai d'opposition des créanciers : 30 jours
Les créanciers de chaque société participante disposent de 30 jours à compter de la publication pour s'opposer à la fusion devant le tribunal de commerce.
Radiation de la société absorbée à l'OMPIC
Acte final de la fusion : après expiration du délai d'opposition, la société absorbée est radiée du registre de commerce, son patrimoine étant transmis à l'absorbante sans liquidation.

Une fusion par absorption d'une SA implique une procédure légale en plusieurs temps, irréductible à une simple signature d'acte. Tout commence par une décision concordante des conseils d'administration des sociétés participantes : approbation du principe de la fusion, du projet de traité de fusion, et décision de solliciter la désignation d'un commissaire à la fusion. Le projet de traité de fusion — qui fixe les modalités, le rapport d'échange des actions et les effets patrimoniaux — doit être mis à la disposition des actionnaires au moins 30 jours avant l'assemblée générale extraordinaire (AGE) appelée à se prononcer (articles 222 et suivants de la loi n° 17-95).

Le commissaire à la fusion est une figure centrale. C'est un expert-comptable inscrit à l'Ordre des experts-comptables du Maroc (OECM), désigné par ordonnance du président du tribunal de commerce sur requête conjointe des sociétés. Sa mission est double : apprécier la valeur des apports et certifier que la parité d'échange des actions est équitable pour les actionnaires des deux sociétés. Ses honoraires, entièrement à la charge des sociétés fusionnantes, varient en pratique entre 30 000 et 150 000 MAD selon la taille et la complexité de l'opération — une fourchette indicative de marché en 2026. Son rapport doit être déposé au greffe du tribunal de commerce au moins 30 jours avant l'AGE.

L'assemblée générale extraordinaire de chacune des sociétés participantes doit approuver le traité de fusion à la majorité renforcée prévue par les statuts et par la loi — les deux tiers des actions présentes ou représentées pour les SA, conformément à l'article 110 de la loi n° 17-95. Les actionnaires minoritaires qui s'estiment lésés par la parité d'échange peuvent en théorie contester la fusion en justice, mais la saisine préalable du commissaire à la fusion vise précisément à réduire ce risque. Une fois les AGE tenues, la fusion est publiée au Bulletin officiel et dans un journal d'annonces légales (JAL) : les créanciers de chacune des sociétés disposent alors de 30 jours pour faire opposition devant le tribunal de commerce (article 233 de la loi n° 17-95).

L'étape finale est la radiation de la société absorbée au registre de commerce de l'OMPIC, après expiration du délai d'opposition des créanciers. La radiation emporte dissolution sans liquidation : l'universalité du patrimoine est transmise à la société absorbante. Les livres sociaux, les actes et les archives de la société absorbée doivent être conservés par l'absorbante pour la durée légale. Pour les fusions de SARL, les articles 78 à 82 de la loi n° 5-96 renvoient largement à des dispositions plus succinctes, ce qui conduit en pratique les parties à s'inspirer par analogie de la procédure des SA.

Obligations fiscales d'une fusion-acquisition au Maroc : IS, TVA, droits d'enregistrement

Régime de neutralité fiscale des fusions (article 162 CGI)
Permet de différer l'imposition des plus-values d'apport si la fusion porte sur l'intégralité actif-passif et que les titres reçus sont conservés au moins quatre ans.
Droits d'enregistrement sur apports en fusion : taux 1 %
Les apports à titre onéreux (prise en charge de passif) en fusion bénéficient d'un taux de 1 % sous réserve du respect des engagements de l'article 162 CGI.
Droits d'enregistrement cession de parts ou actions : 3 %
La cession de parts sociales SARL ou d'actions SA non cotées est soumise à un droit d'enregistrement de 3 % de la valeur vénale déclarée (article 127-I-C CGI).
Plus-value cession de titres cotés – prélèvement libératoire 15 %
Les personnes physiques résidentes cédant des titres cotés à la BVC sont soumises à un prélèvement libératoire de 15 % sur la plus-value nette (article 73-II-B CGI).
Plus-value cession de titres non cotés – IR 20 %
Pour les personnes physiques résidentes, la plus-value sur cession de titres non cotés est soumise à l'IR au taux de 20 % en prélèvement libératoire (article 73-II-C CGI).
TVA sur cession de fonds de commerce
Exonérée si l'acquéreur poursuit la même activité (continuité d'exploitation), mais applicable si l'activité change ou si les actifs sont cédés de façon isolée.
Amende pour enregistrement tardif : 15 % des droits dus
Tout acte de cession non présenté à l'enregistrement dans les 30 jours expose au paiement d'une amende de 15 % des droits dus, plus intérêts de retard (article 208 CGI).

Le régime de neutralité fiscale prévu à l'article 162 du CGI est le principal levier d'optimisation d'une fusion. Il permet à la société absorbante de ne pas constater immédiatement les plus-values latentes sur les actifs apportés, sous trois conditions cumulatives : l'apport doit porter sur l'intégralité de l'actif et du passif de la société absorbée, les titres remis en échange doivent être conservés pendant au moins quatre ans, et la société absorbante doit s'engager à calculer les amortissements et les plus-values de cession ultérieure sur la base des valeurs fiscales d'origine de la société absorbée. En l'absence de ce régime de faveur, les plus-values d'apport seraient immédiatement imposables à l'IS — un coût prohibitif pour la plupart des opérations.

Les droits d'enregistrement sur les apports en fusion bénéficient également d'un régime réduit. Sous les conditions de l'article 127 combiné à l'article 162 du CGI, les apports à titre pur et simple (en échange de titres) sont exonérés ou soumis à un droit fixe, tandis que les apports à titre onéreux (prise en charge de passif) sont soumis au taux de 1 %. Ce taux réduit est conditionné au respect des engagements de conservation : un désinvestissement prématuré entraîne une reprise fiscale avec intérêts.

Pour une cession de titres classique hors fusion, les droits d'enregistrement sont de 3 % de la valeur vénale des parts ou actions non cotées, à percevoir sur la valeur déclarée dans l'acte (article 127-I-C CGI). La DGI conserve un droit de contrôle sur cette valeur : si le prix déclaré lui paraît inférieur à la valeur vénale réelle, elle peut procéder à une rectification. L'acte de cession doit être présenté à l'enregistrement dans les 30 jours suivant sa date, quelle que soit la forme de l'opération. Une présentation hors délai expose au paiement d'une amende de 15 % des droits dus (article 208 CGI), en plus des intérêts de retard.

La TVA sur une cession de fonds de commerce est exonérée lorsque l'acquéreur poursuit la même activité — c'est la règle de la continuité d'exploitation. Mais si l'acquéreur change d'activité ou si la cession porte sur des actifs isolés sans transfert d'une activité continue, la TVA peut être réclamée à hauteur du taux applicable aux biens transmis. Ce point est souvent négligé dans la structuration des opérations de carve-out, où certains actifs sont extraits d'une entité pour être vendus séparément. Une consultation fiscale préalable est indispensable dans ce type de montage pour éviter une mauvaise surprise post-closing.

Le closing et les formalités post-closing : ne rien oublier après la signature

Enregistrement acte de cession à la DGI : 30 jours
L'acte de cession doit être présenté à l'enregistrement auprès de la recette des impôts dans les 30 jours de sa date, sous peine d'amende de 15 % des droits dus (article 208 CGI).
Mise à jour registre de commerce OMPIC
Le dépôt de modification au tribunal de commerce (via l'OMPIC ou le CRI) est obligatoire pour opposer les changements aux tiers ; frais entre 300 et 1 000 MAD.
Publication Bulletin officiel et journal d'annonces légales
La publicité légale des modifications sociales (fusion, cession, dissolution) doit être réalisée au BO et dans un JAL pour être opposable aux tiers ; coût indicatif 1 500 à 3 000 MAD au BO.
Information-consultation des délégués du personnel
Obligation d'ordre public issue de l'article 19 du Code du travail : les représentants du personnel doivent être informés et consultés avant tout transfert d'entreprise.
Transfert des agréments administratifs sectoriels
Dans les secteurs réglementés (banque, assurance, télécoms, pharmacie), l'agrément ne se transfère pas automatiquement et nécessite une démarche spécifique auprès de l'autorité concernée.
Déclaration CNSS du transfert d'entreprise
La CNSS doit être notifiée du changement d'employeur pour assurer la continuité de l'affiliation et des droits sociaux des salariés transférés.
Mise à jour registre des actionnaires (article 264 loi 17-95)
Pour les SA, le registre des actionnaires doit être mis à jour dès le closing pour refléter le nouveau propriétaire des actions et assurer l'opposabilité de la cession à la société.

Le closing — signature de l'acte définitif de cession et remise simultanée du prix contre les titres ou actifs — n'est pas la fin de l'opération. C'est même là que commence une course contre la montre administrative. La première urgence est l'enregistrement de l'acte auprès de la recette des impôts compétente de la DGI dans les 30 jours suivant la signature. Ce délai ne souffre aucune exception : il court à compter de la date de l'acte, pas de la date de connaissance des parties. Un avocat rigoureux anticipe ce dépôt dès la semaine du closing. La quittance d'enregistrement est ensuite indispensable pour toutes les démarches ultérieures.

La modification au registre de commerce doit être déposée auprès du tribunal de commerce compétent — via le guichet de l'OMPIC ou le Centre Régional d'Investissement (CRI) selon la localité — accompagnée des statuts mis à jour, du procès-verbal d'assemblée, et du formulaire de modification ad hoc. Les frais de modification varient entre 300 et 1 000 MAD selon les inscriptions à effectuer. Un avis de modification doit ensuite être publié dans un journal d'annonces légales habilité et au Bulletin officiel. Les frais de publication au BO s'élèvent indicativement entre 1 500 et 3 000 MAD selon la longueur de l'avis. Tant que ces formalités ne sont pas accomplies, les modifications ne sont pas opposables aux tiers.

En matière sociale, l'article 19 du Code du travail (loi n° 65-99) impose que les salariés soient informés du transfert avant qu'il ne soit réalisé. Les délégués du personnel doivent être réunis et consultés. Cette obligation n'est pas optionnelle : la méconnaître expose l'employeur à des sanctions prud'homales. Concrètement, il faut documenter la tenue de cette réunion, remettre un procès-verbal aux délégués et en conserver une copie. La CNSS doit également être notifiée du transfert d'entreprise pour la mise à jour des affiliations.

Les agréments sectoriels constituent souvent le post-closing le plus chronophage. Dans les secteurs réglementés — banque (Bank Al-Maghrib), assurance (ACAPS), télécoms (ANRT), pharmacie, médias —, l'agrément est attaché à la personne ou à la structure agréée et ne se transfert pas automatiquement. Certains textes sectoriels prévoient une simple notification post-closing, d'autres exigent une autorisation préalable qui aurait dû constituer une condition suspensive du protocole. Identifier ces agréments en due diligence pour les intégrer dans le calendrier de l'opération est une des valeurs ajoutées majeures d'un avocat spécialisé.

Erreurs fréquentes et points de vigilance : retours d'expérience du praticien

L'erreur la plus coûteuse que j'ai observée au fil de mes dossiers est sans doute l'oubli de la notification au Conseil de la Concurrence. Les parties — et parfois leurs conseils — calculent les seuils à la va-vite et concluent trop vite que l'opération est en dessous. Le piège : les seuils se calculent sur le chiffre d'affaires mondial consolidé, pas seulement sur le chiffre d'affaires de la cible au Maroc. Un groupe étranger qui acquiert une petite société marocaine peut très bien déclencher le seuil de 750 millions MAD en raison de la taille de l'acquéreur. La bonne pratique : calculer les seuils dès la signature de la LOI, et si le moindre doute subsiste, solliciter un avis informel auprès du Conseil avant de s'engager.

Les clauses de changement de contrôle non détectées en due diligence constituent une autre bombe à retardement. Un bail commercial, un contrat de distribution, une licence de marque ou une concession publique peut contenir une clause permettant à l'autre partie de résilier ou de renégocier dès que l'actionnariat change. Ces clauses sont légalement valides au Maroc (liberté contractuelle du DOC) et leur déclenchement post-closing peut priver l'acquéreur d'actifs essentiels. La solution : cartographier systématiquement tous les contrats significatifs en due diligence et obtenir des waivers avant le closing, ou en faire des conditions suspensives.

La GAP rédigée sans plafond ni franchise ni durée est une erreur de structuration qui génère des contentieux post-acquisition à répétition. J'ai vu des cédants rester exposés à des réclamations illimitées pendant des années parce que le protocole se contentait de dire que le cédant 'garantit la sincérité des déclarations'. En pratique, le plafond se négocie souvent entre 20 et 50 % du prix de cession, la franchise entre 1 et 2 % du prix, et la durée est calée sur les délais de prescription marocains : quatre ans pour les dettes fiscales (article 232 CGI) et cinq ans pour les cotisations sociales impayées. Un mécanisme de retenue de garantie (holdback) ou de séquestre partiel du prix est souvent plus sûr qu'une GAP sans provision.

Enfin, la non-information des représentants du personnel avant un transfert d'entreprise est une violation directe de l'article 19 du Code du travail que certains acquéreurs minimisent — à tort. Au-delà des sanctions prud'homales, un salarié qui n'a pas été informé dans les formes peut contester les conditions de son transfert devant le tribunal du travail. Concrètement, la réunion d'information-consultation doit avoir lieu avant le closing, un PV doit être établi et signé, et les délégués doivent avoir eu le temps de formuler leurs observations. Cette formalité ne prend que quelques jours si elle est anticipée — mais elle peut paralyser une opération si on l'oublie.

Besoin d'un avocat en Droit des affaires ?

Consultez des profils vérifiés près de chez vous

Voir l'annuaire

Questions fréquentes

Quelles sont les étapes juridiques d'une fusion-acquisition au Maroc ?
Une opération de M&A au Maroc suit généralement six temps : due diligence → lettre d'intention et NDA → protocole de cession avec conditions suspensives → notification éventuelle au Conseil de la Concurrence → acte définitif de closing → formalités post-closing. La durée totale varie entre trois et neuf mois selon la complexité de l'opération et les délais administratifs. Une fusion par absorption implique en plus la désignation d'un commissaire à la fusion par ordonnance du tribunal et la tenue d'assemblées générales extraordinaires dans chaque société participante. L'enregistrement de l'acte à la DGI doit intervenir dans les 30 jours du closing sous peine d'amende.
Quel est le rôle du Conseil de la Concurrence marocain dans les opérations de fusion ?
Le Conseil de la Concurrence, institué par la loi n° 20-13, contrôle les concentrations économiques dépassant les seuils fixés à l'article 11 de la loi n° 104-12 : plus de 750 millions MAD de CA mondial consolidé ET plus de 250 millions MAD de CA au Maroc pour au moins deux des parties. Il dispose de 60 jours ouvrables en phase I pour autoriser, autoriser sous conditions, interdire ou ouvrir une phase II de 90 jours supplémentaires. Son rôle est de s'assurer que l'opération ne crée pas de position dominante portant atteinte à la concurrence sur les marchés marocains pertinents. L'absence de notification expose à une sanction pouvant atteindre 5 % du chiffre d'affaires réalisé au Maroc (article 20, loi 104-12).
Comment réaliser une due diligence juridique au Maroc avant une acquisition ?
La due diligence juridique couvre systématiquement les statuts, PV d'assemblées des cinq dernières années, contrats significatifs, attestation fiscale DGI, attestation CNSS, propriété intellectuelle (OMPIC), actifs immobiliers (état hypothécaire ANCFCC) et litiges en cours. Les documents sont obtenus auprès de la société cible via une dataroom — physique dans les PME familiales, numérique dans les opérations plus structurées. Certains registres publics sont consultables directement : OMPIC pour le registre de commerce et les marques, ANCFCC pour les titres fonciers. L'avocat produit un rapport classant les risques identifiés en rédhibitoires, aménageables par une GAP, et neutres.
Quels sont les seuils de notification obligatoire au Conseil de la Concurrence au Maroc ?
Selon l'article 11 de la loi n° 104-12, la notification est obligatoire lorsque deux conditions cumulatives sont réunies : le chiffre d'affaires total HT mondial consolidé de toutes les entreprises concernées dépasse 750 millions de dirhams, ET le chiffre d'affaires total HT réalisé individuellement au Maroc par au moins deux des parties dépasse chacun 250 millions de dirhams. Ces seuils n'ont pas été modifiés par décret en 2025-2026, mais il convient de vérifier leur actualité au moment de l'opération. En dessous de ces seuils, aucune notification préalable n'est requise, bien que le Conseil puisse intervenir d'office s'il constate une atteinte à la concurrence.
Quelle est la différence entre un transfert d'actifs et un transfert de titres au Maroc ?
Dans un transfert de titres (actions SA ou parts sociales SARL), l'acquéreur reprend la société avec tout son passif — dettes fiscales, sociales, litiges — connu ou latent. Dans un transfert d'actifs (fonds de commerce ou actifs identifiés), l'acquéreur choisit ce qu'il reprend et ne prend pas en charge les dettes non expressément stipulées, sauf les contrats de travail transférés automatiquement par l'article 19 du Code du travail. Fiscalement, la cession de titres génère une plus-value imposable à l'IS ou à l'IR, tandis que la cession de fonds de commerce est soumise à des droits d'enregistrement progressifs (0 % - 3 % - 6 %). Le choix entre les deux véhicules est déterminant pour la répartition des risques et la charge fiscale globale.
Quelles sont les obligations fiscales lors d'une acquisition de société au Maroc ?
L'acte de cession doit être enregistré à la DGI dans les 30 jours sous peine d'une amende de 15 % des droits dus (article 208 CGI). La cession de parts sociales ou d'actions non cotées supporte un droit d'enregistrement de 3 % de la valeur vénale. La plus-value dégagée par le cédant est soumise à l'IS si c'est une personne morale, ou à l'IR à 20 % (titres non cotés) ou 15 % (titres cotés) pour une personne physique résidente. Une fusion bénéficiant du régime de neutralité de l'article 162 CGI évite l'imposition immédiate des plus-values d'apport, sous conditions strictes de conservation des titres pendant au moins quatre ans. La TVA peut s'appliquer à la cession de fonds de commerce si la continuité d'exploitation n'est pas assurée.
Comment rédiger un protocole de cession d'entreprise conforme au droit marocain ?
Le protocole de cession doit identifier précisément les parties et la société cible, fixer le prix et ses modalités de paiement (dont earn-out éventuel), prévoir les conditions suspensives (autorisation du Conseil de la Concurrence, financement, agrément des associés), détailler la garantie d'actif et de passif avec son plafond, sa franchise et sa durée, et lister les engagements post-closing. La force obligatoire du protocole est régie par les articles 230 et suivants du DOC. La forme notariée n'est pas requise sauf pour les apports immobiliers, mais un mécanisme de séquestre confié à un avocat ou un notaire est recommandé pour sécuriser le paiement du prix. Un avocat spécialisé en droit des affaires doit rédiger ou réviser ce document.
Quelles sont les formalités post-closing obligatoires après une fusion au Maroc ?
Dans les 30 jours du closing, l'acte doit être enregistré à la DGI. La modification doit ensuite être inscrite au registre de commerce de l'OMPIC avec les statuts mis à jour et le PV d'assemblée. Un avis de modification est publié dans un journal d'annonces légales et au Bulletin officiel. En cas de fusion-absorption, la radiation de la société absorbée intervient après expiration du délai de 30 jours laissé aux créanciers pour s'opposer (article 233, loi 17-95). Les agréments sectoriels doivent être notifiés ou transférés selon les textes applicables, et la CNSS doit être informée du transfert d'entreprise. Les délégués du personnel doivent avoir été informés et consultés avant le closing conformément à l'article 19 du Code du travail.
La cession de parts sociales d'une SARL nécessite-t-elle l'accord des autres associés ?
Oui, en cas de cession à un tiers étranger à la société. L'article 58 de la loi n° 5-96 impose que la cession soit soumise à l'agrément des associés représentant au moins les trois quarts du capital social, après déduction des parts de l'associé cédant. Les associés ont 30 jours pour se prononcer ; en cas de refus, ils doivent racheter les parts ou les faire racheter par un tiers agréé dans les trois mois, à défaut l'agrément est réputé acquis. Cette procédure ne s'applique pas aux cessions entre associés ni aux cessions au conjoint, ascendants ou descendants du cédant. Ne pas respecter cette procédure expose à la nullité de la cession.
Quel commissaire à la fusion faut-il désigner et comment est-il nommé au Maroc ?
Le commissaire à la fusion est un expert-comptable inscrit à l'Ordre des experts-comptables du Maroc (OECM). Pour les SA, il est désigné par ordonnance du président du tribunal de commerce sur requête conjointe des sociétés fusionnantes, conformément aux articles 224 et suivants de la loi n° 17-95. Sa mission est d'apprécier la valeur des apports et de certifier que la parité d'échange des actions est équitable pour les actionnaires des deux sociétés. Son rapport doit être déposé au greffe au moins 30 jours avant l'AGE d'approbation. Ses honoraires, à la charge des sociétés fusionnantes, varient indicativement entre 30 000 et 150 000 MAD selon la taille de l'opération (estimation de marché 2026).

Votre opération de fusion-acquisition mérite un accompagnement sur mesure

Chaque opération de M&A au Maroc est unique dans sa structure, ses risques et ses enjeux fiscaux. Un avocat spécialisé en droit des affaires peut vous accompagner de la due diligence jusqu'aux formalités post-closing. Consultez un avocat marocain spécialisé via AvocatLib pour sécuriser votre transaction.

Trouver un avocat en droit des affaires au Maroc