Le télétravail au Maroc ne fait toujours pas, en 2026, l’objet d’un chapitre autonome du Code du travail. La loi n° 65-99, promulguée par le dahir n° 1-03-194 du 11 septembre 2003, a été conçue avant la généralisation du travail à distance. Elle continue pourtant de régir la relation : contrat, rémunération, durée du travail, congés, discipline, santé, sécurité et représentation collective. Concrètement, le domicile change le lieu d’exécution, pas la nature salariée du lien.
L’article 6 du Code du travail caractérise le salarié par un travail fourni sous la direction d’un employeur, moyennant rémunération. Ce lien de subordination subsiste lorsque les instructions arrivent par messagerie, visioconférence ou logiciel professionnel. Le salarié à domicile ne devient donc pas un prestataire indépendant. L’article 9 interdit par ailleurs les discriminations fondées sur les critères qu’il énumère, notamment le sexe, le handicap, la situation familiale, l’opinion politique et l’appartenance syndicale.
L’article 24 n’établit pas une liste spéciale de mentions propres au télétravail. Il impose à l’employeur de communiquer par écrit certaines informations relatives notamment à la convention collective, au règlement intérieur, aux horaires, au repos hebdomadaire, à la paie, à la sécurité et à l’immatriculation à la CNSS. Pour le travail à distance, ces informations doivent être complétées par des clauses pratiques. Un courriel du responsable peut prouver une autorisation ponctuelle, mais il règle rarement les frais, les accidents ou le retour sur site.
Les mesures de continuité adoptées pendant la crise sanitaire de 2020 ne constituent pas un régime permanent du télétravail. De même, les rapports publics sur le travail numérique n’ont pas, à eux seuls, de valeur obligatoire. Le Conseil économique, social et environnemental, régi par la loi organique n° 128-12, peut formuler des avis et recommandations utiles au législateur. Ces travaux éclairent les pratiques, mais seule une règle adoptée et publiée au Bulletin officiel devient juridiquement opposable.