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Mineurs marocains non accompagnés à Ceuta et Melilla : quels droits face au renvoi vers le Maroc ?

Par Hicham Ouazzani

Juriste éditorial — droit pénal

Publié le
Mineurs marocains non accompagnés à Ceuta et Melilla : quels droits face au renvoi vers le Maroc ?

Dernière mise à jour : septembre 2026. Cet article présente les règles générales applicables. Chaque situation exige une analyse individuelle par un avocat inscrit au barreau compétent.

Entre deux rives, une réalité juridique complexe

Le détroit de Gibraltar, frontière symbolique et juridique

À Tanger, Fnideq, Tétouan ou Nador, presque tout le monde connaît une famille concernée. Un adolescent disparaît pendant quelques heures, puis appelle depuis Ceuta, Melilla ou un centre d'accueil de la péninsule. Il est parfois âgé de quinze ans. Parfois moins. Derrière les expressions administratives de mineur étranger non accompagné ou de MENA, il y a un enfant qui doit être protégé avant d'être considéré comme migrant.

La crise de Ceuta de mai 2021 a rendu cette réalité impossible à ignorer. Environ 8 000 personnes ont franchi la frontière en quelques jours, parmi lesquelles un nombre important de mineurs, souvent évalué autour de 1 500. Des retours vers le Maroc ont ensuite été organisés dans des conditions contestées. En janvier 2024, le Tribunal Supremo espagnol a confirmé que le rapatriement de mineurs effectué en août 2021 sans procédure individuelle avait porté atteinte à leurs droits fondamentaux. Autrement dit, la proximité géographique ne transforme pas la frontière en zone de non-droit.

Les rapports du Defensor del Pueblo ont également décrit la pression durable exercée sur les dispositifs d'accueil de Ceuta et Melilla : hébergements provisoires, lenteurs dans la détermination de l'âge, scolarisation tardive et difficultés d'accès à une information juridique compréhensible. Les chiffres fluctuent fortement selon les arrivées et les transferts vers la péninsule. Il faut donc se méfier des statistiques isolées présentées comme une photographie permanente.

Au Maroc, l'Organisation démocratique du travail, par l'intermédiaire de ses structures actives sur les questions migratoires, s'est opposée aux renvois collectifs de mineurs marocains depuis Sebta. Cette position n'est pas seulement militante. Elle s'appuie sur une règle juridique solide : aucun enfant ne peut être rapatrié automatiquement, sans examen de sa situation personnelle et de son intérêt supérieur.

Pourquoi les familles doivent agir vite

Les premières heures sont décisives. Un enfant peut donner un faux âge par peur, perdre ses documents, être enregistré sous une orthographe erronée ou ne pas comprendre la portée d'un entretien avec la police. Ceux qui ont géré ces dossiers en urgence le savent bien : une simple discordance entre l'acte de naissance marocain et le registre espagnol peut ensuite bloquer plusieurs semaines de démarches.

Si votre enfant appelle depuis Ceuta ou Melilla, demandez immédiatement son lieu exact, le nom du centre, son numéro d'enregistrement éventuel et l'identité de l'éducateur ou du service qui le suit. Ne lui conseillez ni de fuir le centre ni de mentir sur son âge. Contactez ensuite un avocat espagnol et le consulat du Maroc. Un avocat spécialisé en droit des étrangers à Tanger peut, en parallèle, préparer les documents marocains.

Qui est juridiquement un mineur non accompagné ?

La majorité à dix-huit ans dans les droits marocain et international

L'article 1er de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant définit comme enfant tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf majorité atteinte plus tôt en vertu de la loi applicable. Au Maroc, l'article 209 du Code de la famille fixe l'âge de la majorité légale à dix-huit années grégoriennes révolues.

Article 209 du Code de la famille : « L'âge de la majorité légale est fixé à dix-huit années grégoriennes révolues. »

Le mineur non accompagné est, en substance, un enfant présent hors de son pays ou de son environnement habituel sans père, mère, représentant légal ou adulte qui en assume effectivement la charge. Le droit de l'Union européenne emploie cette notion, notamment à l'article 2 de la directive 2013/33/UE. En Espagne, elle est reprise par la législation sur les étrangers et la protection de l'enfance.

La loi marocaine n° 02-03 et sa lacune sur les enfants isolés

La loi n° 02-03 relative à l'entrée et au séjour des étrangers au Royaume du Maroc, promulguée par le dahir n° 1-03-196 du 11 novembre 2003, régit l'entrée, le séjour, l'éloignement et certaines infractions migratoires. Son article premier annonce son champ d'application général, mais le texte ne construit pas un statut complet du mineur étranger non accompagné.

Cette précision corrige une confusion fréquente : le dahir n° 1-02-172 du 13 juin 2002 ne promulgue pas la loi n° 02-03. Il concerne la loi n° 15-01 relative à la prise en charge des enfants abandonnés. Les deux textes sont régulièrement mélangés, y compris dans des dossiers administratifs.

La lacune de la loi n° 02-03 est sérieuse. Elle oblige les praticiens à combiner la Constitution, la Convention relative aux droits de l'enfant, le Code de la famille, les règles pénales de protection des mineurs et les dispositifs sociaux. La Stratégie nationale d'immigration et d'asile lancée en 2014 a amélioré l'approche institutionnelle, mais elle ne remplace pas une loi précise garantissant un représentant, un recours effectif et des conditions d'accueil adaptées.

Le « harraga » mineur reste un enfant protégé

Le mot harraga décrit une réalité sociale, pas un statut juridique. Un adolescent ayant franchi irrégulièrement une frontière peut relever du droit des étrangers, mais son irrégularité ne fait pas disparaître ses droits fondamentaux. La protection juridique des enfants migrants au Maroc comme en Espagne impose de séparer la question du contrôle migratoire de celle de la protection de l'enfance.

En clair, un enfant ne devient pas expulsable sur-le-champ parce qu'il a voyagé sans visa. Il a droit à l'identification, à l'assistance, aux soins, à l'éducation, à une représentation et à un examen individuel de tout projet de retour.

Le cadre international applicable au Maroc et à l'Espagne

L'intérêt supérieur de l'enfant, une obligation juridique

Le Maroc a ratifié la Convention internationale relative aux droits de l'enfant en 1993. Son article 3, paragraphe 1, constitue le point de départ de toute décision concernant un mineur :

« Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. »

Ce principe n'interdit pas tout retour. Il interdit le retour automatique. L'autorité doit examiner la sécurité familiale, les risques de violence, la possibilité réelle de scolarisation, l'état de santé, l'avis de l'enfant et les conditions concrètes de sa réception au Maroc. Une formule administrative affirmant que « la famille a été identifiée » ne suffit pas.

L'article 12 de la Convention garantit le droit de l'enfant capable de discernement à être entendu. L'article 20 protège celui qui est temporairement ou définitivement privé de son milieu familial. L'article 22 concerne l'enfant demandeur d'asile ou réfugié, tandis que l'article 37 interdit la détention arbitraire et exige que toute privation de liberté soit une mesure de dernier ressort, aussi brève que possible.

La Convention de La Haye de 1996

Contrairement à une affirmation encore répandue, le Maroc est partie à la Convention de La Haye du 19 octobre 1996 concernant la responsabilité parentale et les mesures de protection des enfants. Cette convention peut faciliter la coopération, la détermination des autorités compétentes et la reconnaissance de mesures de protection entre États contractants, dont l'Espagne et le Maroc.

Elle ne transforme toutefois pas la kafala en adoption. Elle ne donne pas non plus un droit automatique au visa. Son utilité dépend de la qualité des décisions marocaines produites, de leur caractère exécutoire et de la coordination entre autorités centrales.

L'accord bilatéral Maroc-Espagne de 2007

L'accord bilatéral Maroc-Espagne sur les mineurs non accompagnés a été signé à Rabat le 6 mars 2007. Son intitulé vise la prévention de l'émigration illégale de mineurs non accompagnés, leur protection et leur retour concerté. Il est entré en vigueur en 2012 et a été publié en Espagne en 2013.

Le texte organise trois axes : prévenir les départs, protéger les mineurs présents en Espagne et permettre, lorsque les conditions sont réunies, leur retour assisté au Maroc. L'Espagne doit transmettre les éléments d'identification. Les autorités marocaines recherchent la famille et vérifient les conditions d'accueil. Le retour doit être préparé et accompagné, non improvisé à une frontière.

Le problème est moins l'intitulé que l'exécution. Les textes disent une chose, le terrain en dit parfois une autre. L'accord ne comporte pas un mécanisme indépendant suffisamment robuste permettant à l'enfant de contester rapidement l'évaluation familiale ou de vérifier son suivi après le retour. Les critiques de l'ODT et d'associations de défense des migrants sont donc juridiquement compréhensibles : un retour concerté ne doit jamais servir d'étiquette à un retour forcé décidé pour désengorger un centre.

La convention franco-marocaine n'est pas applicable aux retours depuis l'Espagne

Les conventions judiciaires franco-marocaines, dont la convention d'aide mutuelle judiciaire de 1957 et les textes bilatéraux relatifs au statut des personnes et de la famille, peuvent être utiles dans un dossier franco-marocain de garde ou d'exequatur. Elles ne régissent pas un rapatriement entre Ceuta et le Maroc. Parler de convention franco-marocaine de protection des mineurs dans un dossier espagnol est donc trompeur. Ici, les instruments pertinents sont d'abord les droits marocain et espagnol, l'accord de 2007, la Convention relative aux droits de l'enfant et, selon le dossier, la Convention de La Haye de 1996.

Les droits du mineur marocain isolé en Espagne

Prise en charge et tutelle par les services de protection

L'article 35 de la loi organique espagnole 4/2000 est la disposition centrale. Lorsqu'une personne sans papiers affirme être mineure et que son âge ne peut pas être établi avec certitude, les services de protection doivent être informés et le ministère public espagnol intervient dans la détermination de l'âge. Si la minorité est reconnue et que l'enfant est en situation de délaissement, il relève du système public de protection.

Le principe tiré de l'article 35 est clair : la présence irrégulière d'un mineur non accompagné ne permet ni son expulsion ordinaire ni une remise immédiate à la frontière. Un éventuel rapatriement relève d'une procédure spécifique de protection de l'enfance.

À Ceuta et Melilla, les autorités des villes autonomes exercent les compétences de prise en charge avec les services espagnols concernés. La déclaration de délaissement entraîne généralement une tutelle administrative. L'enfant doit recevoir un hébergement, des soins, une scolarisation, une assistance linguistique et une information juridique adaptée à son âge.

Attention toutefois : une tutelle « automatique » ne signifie pas que tout fonctionne instantanément. L'enregistrement, l'évaluation sociale et la formalisation de la mesure peuvent prendre du temps. Si l'enfant reste sans représentant clairement identifié, son avocat doit demander par écrit quelle entité exerce la tutelle et obtenir copie des décisions.

Détermination de l'âge : les examens médicaux ne sont pas infaillibles

Le règlement adopté par le décret royal 557/2011, l'article 35 de la loi organique 4/2000 et le protocole-cadre espagnol de 2014 encadrent la détermination de l'âge. Des examens radiologiques ou médicaux peuvent être ordonnés lorsque les documents sont absents ou sérieusement contestés.

Une radiographie du poignet ou une estimation dentaire fournit une fourchette, pas une date de naissance certaine. Le Comité des droits de l'enfant a plusieurs fois critiqué l'usage excessif de ces examens en Espagne. Les documents d'état civil marocains ne doivent pas être écartés sans motivation sérieuse. L'enfant doit bénéficier du doute lorsque l'incertitude scientifique persiste.

Concrètement, la famille doit transmettre un extrait intégral ou une copie intégrale récente de l'acte de naissance, le livret de famille, une copie de la CNIE des parents et, si possible, le passeport du mineur. Une traduction assermentée en espagnol peut être exigée.

Droit à l'asile et principe de non-refoulement

Un mineur marocain peut demander l'asile. L'article 48 de la loi espagnole 12/2009 prévoit des garanties propres aux mineurs et aux personnes vulnérables. L'article 22 de la Convention relative aux droits de l'enfant exige également une protection appropriée de l'enfant qui cherche à obtenir le statut de réfugié.

La pauvreté, le chômage familial ou le désir d'étudier en Europe ne suffisent généralement pas à établir la qualité de réfugié. Il faut démontrer une crainte fondée de persécution liée notamment à la race, à la religion, à la nationalité, aux opinions politiques ou à l'appartenance à un certain groupe social. Un mineur victime de traite, de violences ciblées, d'exploitation sexuelle, de persécution familiale tolérée par les autorités ou exposé à un risque grave peut néanmoins disposer d'arguments spécifiques.

L'article 33 de la Convention de Genève protège contre le refoulement des réfugiés, tandis que les articles 4 et 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne interdisent notamment les traitements inhumains et les expulsions collectives. Le non-refoulement n'est donc pas une formule abstraite : si le retour expose l'enfant à un danger réel, il doit être suspendu.

Les renvois de 2021 et la jurisprudence espagnole

À la suite des arrivées massives de mai 2021, plusieurs dizaines de mineurs ont été renvoyés en août depuis Ceuta. Les juridictions espagnoles ont constaté l'absence de procédures individualisées et de garanties suffisantes. Par son arrêt du 22 janvier 2024, STS 86/2024, le Tribunal Supremo a confirmé l'illégalité de ces retours et l'atteinte à l'intégrité physique ou morale des enfants concernés, faute de procédure administrative individuelle et de prise en compte effective de leur intérêt supérieur.

Il faut être précis : le droit n'interdit pas absolument tout rapatriement d'un mineur. Il interdit la reconduite collective ou immédiate et exige un dossier individuel, l'audition de l'enfant, l'intervention des autorités compétentes, la vérification de l'accueil au Maroc et l'accès à un recours effectif.

Le rapatriement vers le Maroc : procédure légale et failles pratiques

Les étapes qui devraient précéder tout retour

Un rapatriement de mineur non accompagné vers le Maroc devrait normalement suivre plusieurs étapes : identification fiable de l'enfant, information des services de protection et du parquet espagnol, notification aux autorités marocaines, recherche familiale, évaluation sociale, audition du mineur, décision motivée, possibilité de recours puis organisation d'un retour accompagné.

La législation espagnole exige que le retour réponde à l'intérêt supérieur du mineur, soit par la réunification avec sa famille, soit par une prise en charge adéquate des services marocains. Retrouver un oncle éloigné ou obtenir un numéro de téléphone ne démontre pas, à lui seul, que le retour est sûr.

Conseil aux parents : ne signez pas une déclaration rédigée en espagnol si vous ne comprenez pas si elle autorise le retour, reconnaît une prise en charge familiale ou renonce à un recours. Demandez une traduction et conservez une copie datée.

Accueil au Maroc : Entraide Nationale et établissements sociaux

L'Entraide Nationale, créée par le dahir portant loi n° 1-72-260 du 18 rebia II 1392 et organisée dans le champ de l'action sociale, peut participer à l'orientation et à l'accueil des enfants vulnérables. Les établissements de protection sociale sont soumis à la loi n° 14-05 relative aux conditions d'ouverture et de gestion de ces établissements, complétée depuis par des réformes du secteur social.

Sur le papier, le mineur rapatrié doit être remis à une famille évaluée ou orienté vers une structure adaptée. Sur le terrain, l'offre varie fortement selon les villes. Tanger, Tétouan, Nador et Casablanca disposent d'acteurs associatifs expérimentés, mais les places, les éducateurs et le suivi psychologique restent insuffisants. Le retour physique n'est pas un projet de réinsertion.

Des praticiens du nord du Maroc rapportent régulièrement le même scénario : un enfant est remis à un proche, un procès-verbal est signé, puis le suivi s'arrête. Quelques semaines plus tard, le mineur tente à nouveau la traversée. Ce constat ne signifie pas que chaque retour échoue. Il montre qu'une politique centrée sur la remise frontalière, sans école, formation, soins ni médiation familiale, traite le symptôme et non la cause.

Que faire après un renvoi sans procédure ?

La priorité est médicale et humaine : localiser l'enfant, vérifier son état de santé et lui permettre de raconter les faits sans pression. Notez la date, l'heure, le lieu de remise, le moyen de transport, les autorités présentes et les documents signés. Photographiez les blessures éventuelles et consultez rapidement un médecin afin d'obtenir un certificat.

Un avocat espagnol peut contester la décision ou la voie de fait devant les juridictions administratives espagnoles. Selon les circonstances, une plainte ou une demande de mesures urgentes peut être envisagée. Après épuisement des recours internes, une requête devant la Cour européenne des droits de l'homme peut être étudiée, notamment sous l'angle des articles 3, 8 ou 13 de la Convention européenne. Les délais sont stricts : le délai ordinaire devant la Cour est de quatre mois à compter de la décision interne définitive.

Demander l'asile en Espagne : mode d'emploi pour un mineur

Déclencher la procédure

L'enfant doit dire clairement : « Je demande une protection internationale » ou, en espagnol, « Quiero solicitar protección internacional ». La demande peut être signalée à la police, au service de protection, au parquet, à l'avocat ou à l'organisation qui accompagne l'enfant. Elle sera ensuite formalisée auprès de l'autorité compétente et instruite par l'Oficina de Asilo y Refugio.

Le tuteur public doit assister le mineur, mais une carence de la tutelle ne devrait pas neutraliser son droit à demander protection. L'enfant a droit à un avocat et à un interprète. Son récit doit être recueilli d'une manière adaptée à son âge, sans exiger de lui la précision chronologique d'un adulte.

Délais et choix de la protection

La loi espagnole prévoit en principe une décision dans les six mois pour la procédure ordinaire. Dans la pratique, l'instruction peut durer douze à dix-huit mois, parfois davantage. Pendant ce temps, il faut signaler chaque changement d'adresse, conserver les convocations et préparer les éléments de preuve : rapports médicaux, messages de menaces, attestations scolaires, plaintes ou témoignages.

Le statut de réfugié protège contre une persécution répondant aux critères de la Convention de Genève. La protection subsidiaire vise notamment les personnes exposées à la peine de mort, à la torture ou à une menace grave dans certaines situations de violence. Pour un mineur marocain invoquant uniquement des difficultés économiques, les chances sont faibles. Inventer un récit est une très mauvaise stratégie : les incohérences peuvent compromettre toute la procédure.

Les honoraires privés d'un avocat spécialisé en Espagne varient souvent entre 1 500 et 4 000 euros selon les recours et les déplacements. L'assistance juridique gratuite peut être accordée sous conditions. Dans un dossier de mineur protégé, il faut d'abord vérifier si un avocat d'office a déjà été désigné avant de payer un cabinet privé.

Le rôle de l'avocat marocain

Ce qu'il peut faire concrètement

Un avocat marocain ne peut pas plaider devant une juridiction espagnole sans remplir les conditions professionnelles locales. Son rôle reste pourtant déterminant. Il peut obtenir les actes d'état civil, vérifier la filiation, préparer les apostilles et traductions, saisir les autorités marocaines, documenter la situation familiale et coordonner l'intervention d'un confrère espagnol.

Il peut également saisir le tribunal de première instance compétent lorsqu'une mesure de représentation légale, de tutelle ou de protection est nécessaire. Les articles 229 et suivants du Code de la famille organisent la représentation légale. L'article 231 identifie notamment le père majeur, la mère majeure à défaut ou en cas de perte de capacité du père, ainsi que le tuteur testamentaire ou datif.

L'article 54 du Code de la famille énumère les droits de l'enfant à l'égard de ses parents, notamment la protection de sa vie, de sa santé, de son identité et son orientation éducative. Il prévoit aussi la responsabilité de l'État lorsque les parents ne peuvent assumer leurs obligations. Ce texte ne doit pas être présenté, à tort, comme une compétence procédurale générale du procureur du Roi. Le ministère public intervient cependant en matière familiale et de protection des mineurs en vertu de plusieurs dispositions du Code et des règles de procédure.

Le dossier à constituer au Maroc

  • une copie intégrale récente de l'acte de naissance et, si disponible, un extrait multilingue ;
  • le livret de famille et les copies des CNIE des parents ;
  • le passeport du mineur ou sa copie, même expiré ;
  • une attestation de résidence et des justificatifs de scolarité ;
  • les décisions de garde, tutelle ou kafala ;
  • les coordonnées du centre espagnol, de l'éducateur et de l'avocat ;
  • les preuves d'un risque particulier : violences, handicap, traitement médical ou traite.

Les documents destinés à l'Espagne peuvent nécessiter une apostille et une traduction assermentée. Il faut vérifier document par document, car les actes administratifs, judiciaires et d'état civil ne suivent pas toujours le même circuit pratique.

Honoraires, délais et aide judiciaire

Au Maroc, un dossier transfrontalier peut coûter approximativement entre 3 000 et 8 000 dirhams pour les premières démarches, hors traduction, apostille, déplacements et procédure espagnole. Il ne s'agit pas d'un tarif réglementaire. Exigez une convention d'honoraires écrite précisant ce qui est inclus.

L'aide judiciaire marocaine repose principalement sur le décret royal portant loi n° 514-65 du 1er novembre 1966, tel que modifié, ainsi que sur les textes organisant la profession d'avocat et la procédure. La loi n° 42-10 est parfois citée à tort comme texte général de l'aide judiciaire. Les familles sans ressources doivent déposer une demande auprès du bureau d'assistance judiciaire compétent et produire des justificatifs d'indigence. Pour les démarches pratiques, consultez notre page sur l'accès à l'aide juridictionnelle au Maroc.

Une démarche documentaire peut durer quelques jours si les registres sont à jour, mais une rectification d'état civil ou une décision du juge peut demander plusieurs semaines. Un dossier combinant tutelle marocaine et recours espagnol nécessite souvent un spécialiste du droit international privé maroco-espagnol.

Kafala marocaine et reconnaissance en Espagne

La kafala n'est pas une adoption

La kafala des enfants abandonnés est régie par la loi n° 15-01, promulguée par le dahir n° 1-02-172 du 13 juin 2002. Elle confie la prise en charge, l'éducation et la protection de l'enfant au kafil, sans créer un lien de filiation adoptive. L'enfant ne devient pas juridiquement l'enfant biologique du kafil et les effets successoraux ne sont pas ceux d'une adoption.

Il est inexact de dire que la kafala est régie par les articles 116 à 149 du Code de la famille. Ces dispositions concernent principalement la filiation et ses effets. Le régime spécial de la kafala d'un enfant abandonné demeure celui de la loi n° 15-01.

Pourquoi la kafala ne suffit pas toujours en Espagne

L'Espagne peut reconnaître la kafala comme une mesure de protection ou de prise en charge, mais pas automatiquement comme une adoption ou une filiation. Ses effets sont examinés selon la décision marocaine, la résidence des intéressés, les règles de droit international privé et l'intérêt supérieur de l'enfant.

Dans sa jurisprudence de septembre 2021, le Tribunal Supremo espagnol a admis qu'une kafala pouvait être prise en considération dans l'analyse d'un droit de séjour ou de regroupement au regard de la dépendance réelle et de l'intérêt de l'enfant. Cela ne signifie pas qu'un visa soit automatique dans chaque dossier.

Une situation rencontrée dans la pratique illustre le risque. Un adolescent sous kafala est arrivé seul en Espagne avec une simple photocopie de l'ordonnance marocaine. Faute d'original apostillé, de traduction et de preuve immédiate du lien avec les kafils, il a d'abord été enregistré comme mineur non accompagné et placé sous protection publique. Plusieurs semaines ont été nécessaires pour authentifier la décision.

Avant tout déplacement, obtenez une expédition exécutoire de l'ordonnance de kafala, les procès-verbaux de remise, l'autorisation de sortie du territoire lorsqu'elle est requise, l'apostille et une traduction assermentée. Pour approfondir, consultez le guide sur la kafala marocaine et sa reconnaissance à l'étranger ou un avocat en droit de la famille à Tétouan.

Les centres d'accueil à Ceuta et Melilla

CAEM, structures temporaires et CETI

Les mineurs isolés relèvent des structures de protection de l'enfance gérées ou mandatées par les villes autonomes. Les appellations et lieux peuvent évoluer : centres d'accueil de mineurs, structures d'urgence ou dispositifs temporaires. Le CETI, centre de séjour temporaire pour immigrés, est destiné aux adultes et aux familles migrantes ; un mineur identifié comme non accompagné ne devrait pas y être maintenu comme solution ordinaire.

Les périodes de fortes arrivées ont entraîné une saturation chronique : chambres collectives, changements de centre, manque d'éducateurs et retards scolaires. Le Defensor del Pueblo a effectué plusieurs visites et formulé des recommandations relatives aux conditions matérielles, à la détermination de l'âge et aux garanties juridiques.

Les droits à l'intérieur du centre

Le placement de protection n'est pas une peine. Le mineur a droit à la dignité, aux soins, à l'éducation, à l'assistance juridique et au maintien des liens familiaux lorsque ces contacts ne présentent pas de danger. Il doit pouvoir comprendre le règlement du centre et les décisions prises à son sujet. Une restriction de sortie peut exister pour sa sécurité, mais un enfermement arbitraire et indéfini serait illégal.

Les soins nécessaires sont accessibles au sein du système espagnol de santé. La scolarisation doit être organisée sans attendre la régularisation définitive. Des organisations telles que Cruz Roja, Save the Children, ACCEM, Fundación Raíces ou le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés peuvent, selon leur présence locale et leur mandat, orienter l'enfant ou sa famille.

Maintenir le contact depuis le Maroc

Le consulat du Maroc à Ceuta ou à Melilla peut vérifier l'identité, faciliter les échanges administratifs et contacter les autorités locales. Il ne peut ni lever une tutelle espagnole par simple courrier ni ordonner la sortie d'un centre. La décision appartient aux autorités et juridictions espagnoles compétentes.

Les parents doivent tenir un journal des appels, demander le nom complet des interlocuteurs et envoyer leurs documents par un moyen laissant une preuve de transmission. Évitez de publier sur les réseaux sociaux le nom, le visage et le récit intime de l'enfant : cette exposition peut lui nuire, notamment dans une demande d'asile.

Ce qui doit changer des deux côtés de la frontière

Une loi marocaine spécifique et un suivi indépendant

Le Maroc a besoin d'un cadre explicite pour les mineurs non accompagnés, qu'il s'agisse d'enfants marocains à l'étranger ou d'enfants étrangers présents sur son territoire. Ce texte devrait garantir un représentant indépendant, une évaluation sociale formalisée, le droit d'être entendu, un recours suspensif et un suivi après retour.

L'accord de 2007 mérite également d'être révisé ou complété par un protocole transparent. Les discussions bilatérales relancées autour de 2024 ont montré deux préoccupations concurrentes : l'Espagne cherche à rendre les retours plus opérationnels, tandis que le Maroc insiste sur la coopération et la dignité de la prise en charge. La solution ne peut pas être un mécanisme accéléré qui sacrifie l'examen individuel.

Un observateur indépendant associant institutions nationales des droits humains, barreaux, associations et services sociaux devrait pouvoir contrôler les dossiers de retour. L'enfant doit savoir à qui se plaindre. La famille doit connaître le projet de réintégration. Et les deux États doivent publier des données fiables sur les retours et leur suivi.

Recommandations aux familles et aux professionnels

Aux familles, le message doit être direct : ne présentez jamais la traversée comme une voie normale de scolarisation ou de regroupement familial. Le risque de noyade, d'exploitation et de violence est réel. Si l'enfant est déjà parti, ne perdez pas de temps à chercher un « intermédiaire » informel. Saisissez des professionnels identifiés.

Aux avocats, ces dossiers imposent de maîtriser la protection de l'enfance, le droit des étrangers, l'asile et le droit international privé. Un avocat défendant les droits des mineurs à Rabat pourra intervenir auprès des institutions centrales, tandis qu'un cabinet de droit de l'immigration à Casablanca peut traiter les démarches consulaires complexes. Mais aucun professionnel marocain sérieux ne promettra seul la libération immédiate d'un enfant placé sous tutelle espagnole.

Conclusion : l'enfant avant la frontière

Un mineur marocain intercepté à Ceuta ou Melilla n'est pas un adulte en situation irrégulière de petite taille. C'est un sujet de droit. Avant tout retour, son âge, sa parole, sa famille, sa santé et les dangers auxquels il serait exposé doivent être examinés individuellement.

Le droit applicable est suffisamment clair pour condamner les renvois improvisés : article 3 de la Convention relative aux droits de l'enfant, article 35 de la loi organique espagnole 4/2000, accord Maroc-Espagne de 2007 et garanties juridictionnelles espagnoles. La difficulté réside dans leur application quotidienne.

Si votre enfant se trouve aujourd'hui dans un centre à Ceuta ou Melilla, agissez dans les premières 48 à 72 heures. Rassemblez ses documents, identifiez son centre, contactez le consulat et mandatez un avocat espagnol, en coordination avec un confrère marocain. La frontière sépare deux administrations. Elle ne suspend pas les droits de l'enfant.

Questions fréquentes

Un mineur marocain arrêté à Ceuta peut-il être renvoyé immédiatement au Maroc ?
Non. L'article 35 de la loi organique espagnole 4/2000 impose une procédure spécifique de protection et de rapatriement des mineurs non accompagnés. L'enfant doit être identifié, entendu et pris en charge, tandis que sa situation familiale et son intérêt supérieur doivent être évalués individuellement. L'arrêt STS 86/2024 du Tribunal Supremo espagnol a confirmé l'illégalité des retours de mineurs organisés depuis Ceuta en 2021 sans ces garanties.
Quels documents rassembler si mon enfant est retenu dans un centre à Ceuta ou Melilla ?
Rassemblez une copie intégrale récente de l'acte de naissance, le livret de famille, les CNIE des parents, le passeport du mineur et ses justificatifs scolaires. Ajoutez toute décision de garde, de tutelle ou de kafala, ainsi que les preuves relatives à sa santé ou à un danger particulier. Une apostille et une traduction assermentée en espagnol peuvent être nécessaires. Envoyez les documents par un moyen permettant de prouver la date de leur transmission.
La kafala marocaine est-elle reconnue en Espagne ?
Elle peut être reconnue comme mesure de protection ou de prise en charge, mais elle ne crée pas automatiquement une filiation ou une adoption en droit espagnol. Les autorités examinent la décision marocaine, la réalité de la prise en charge et l'intérêt supérieur de l'enfant. La jurisprudence espagnole de 2021 a admis que la kafala pouvait être pertinente pour un droit de séjour ou un regroupement familial. Il faut produire une expédition exécutoire, apostillée et traduite de la décision marocaine.
Mon fils mineur arrivé seul en Espagne peut-il demander l'asile ?
Oui. L'article 48 de la loi espagnole 12/2009 prévoit des garanties particulières pour les mineurs et les personnes vulnérables. La pauvreté ou le souhait de travailler en Europe ne suffisent cependant pas à obtenir le statut de réfugié : il faut établir une persécution ou un risque grave juridiquement pertinent. L'enfant doit demander rapidement une protection internationale et bénéficier d'un avocat, d'un interprète et de l'assistance de son tuteur.
Quel est le rôle de l'accord Maroc-Espagne de 2007 sur les mineurs ?
L'accord signé le 6 mars 2007 organise la prévention des départs, la protection en Espagne et le retour assisté des mineurs non accompagnés. Il suppose une identification, une coopération consulaire, une recherche familiale et la vérification des conditions d'accueil au Maroc. Il ne permet pas un renvoi collectif ou immédiat. Ses faiblesses tiennent surtout à l'absence d'un contrôle indépendant suffisamment fort et aux écarts entre la procédure prévue et certaines pratiques.
Un avocat marocain peut-il intervenir si l'enfant se trouve en Espagne ?
Oui, mais il doit travailler avec un avocat espagnol pour les recours devant les autorités et juridictions espagnoles. Au Maroc, il peut obtenir les actes d'état civil, saisir le tribunal de première instance, vérifier une kafala et coordonner les démarches consulaires. Les honoraires initiaux varient souvent entre 3 000 et 8 000 MAD, hors traduction, apostille et procédure espagnole. Une convention d'honoraires écrite est vivement recommandée.
Que faire si mon enfant a été renvoyé depuis Ceuta sans procédure ?
Faites d'abord examiner l'enfant par un médecin et documentez précisément la date, le lieu et les circonstances du retour. Conservez les billets, messages, photographies, certificats médicaux et noms des témoins ou autorités présentes. Un avocat espagnol peut engager un recours devant les juridictions compétentes et demander, selon le dossier, des mesures urgentes. Après épuisement des recours internes, une saisine de la Cour européenne des droits de l'homme peut être étudiée dans le délai applicable.
Quelles structures accueillent les mineurs rapatriés au Maroc ?
L'Entraide Nationale, les services sociaux territoriaux et les établissements de protection sociale peuvent participer à leur prise en charge. Les structures concernées doivent respecter la loi n° 14-05 relative aux établissements de protection sociale et les textes qui ont réformé ce secteur. En pratique, les capacités et le suivi varient fortement selon les régions. La famille doit signaler immédiatement toute situation de danger au parquet, aux autorités locales et aux services sociaux compétents.
À quel âge une personne est-elle considérée comme mineure ?
La Convention internationale relative aux droits de l'enfant protège en principe toute personne âgée de moins de dix-huit ans. Au Maroc, l'article 209 du Code de la famille fixe la majorité légale à dix-huit années grégoriennes révolues. En Espagne, une procédure de détermination de l'âge peut être déclenchée en cas de doute sérieux. Les examens osseux ou dentaires restent des estimations et ne devraient pas écarter sans justification des actes d'état civil marocains authentiques.
Le Maroc peut-il refuser le retour d'un mineur marocain depuis l'Espagne ?
Le Maroc doit permettre à ses ressortissants d'entrer sur son territoire, mais il peut exiger une vérification préalable de l'identité et de la nationalité. Cette vérification peut ralentir le dossier lorsque l'enfant n'a aucun document ou utilise plusieurs identités. Surtout, l'Espagne ne peut pas transformer la reconnaissance de la nationalité en autorisation de retour automatique. Le rapatriement reste soumis à une décision individuelle conforme à l'intérêt supérieur de l'enfant.

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