Droit des affaires13 min de lecture

Droits de reprographie des journalistes au Maroc : comment obtenir sa rémunération ?

Par Karim Bensouda

Juriste éditorial — droit social

Publié le
Droits de reprographie des journalistes au Maroc : comment obtenir sa rémunération ?

La reprographie dans la presse marocaine, un droit encore mal connu

Imaginez une chronique économique publiée dans un quotidien marocain. Le lendemain, elle est scannée par une banque casablancaise, envoyée à plusieurs dizaines de cadres, classée dans une revue de presse interne puis conservée sur l’intranet du groupe. L’auteur, lui, ne reçoit pas un dirham supplémentaire. Il ne sait même pas que son texte a circulé.

Cette situation n’a rien d’exceptionnel. Des articles issus de la presse écrite, de médias numériques ou de publications professionnelles sont quotidiennement photocopiés, numérisés et diffusés dans des entreprises, des administrations, des universités ou des cabinets de conseil. Or, un abonnement au journal ou l’accès à son site ne donne pas automatiquement le droit de multiplier les copies et de les distribuer à tout un service.

La question des droits de reprographie des journalistes au Maroc a connu un regain d’intérêt après l’annonce, relayée notamment par Hespress, d’opérations d’inscription auprès du Bureau marocain du droit d’auteur et des droits voisins. Attention toutefois : une annonce ancienne ne suffit pas pour conclure qu’un guichet est toujours ouvert. Les calendriers, formulaires et catégories admises doivent être vérifiés directement auprès du BMDAV.

Ce que signifie concrètement la reprographie

Au sens classique, la reprographie désigne la reproduction en fac-similé d’une œuvre écrite ou graphique, notamment par photocopie. Le scan d’un article destiné à remplacer ou à multiplier l’exemplaire papier entre également dans cette logique. Les copies numériques, les PDF, le copier-coller dans une newsletter et le stockage sur un intranet relèvent plus largement du droit de reproduction et, selon les modalités d’accès, du droit de communication au public ou de mise à disposition.

Il faut donc éviter un raccourci fréquent : toute utilisation numérique n’est pas juridiquement qualifiée de reprographie au sens étroit. En revanche, elle peut parfaitement constituer une reproduction soumise à autorisation. Le résultat pratique est proche pour le journaliste : son œuvre ne devient pas libre de droits simplement parce qu’elle circule sous forme de fichier PDF.

En clair : acheter un journal autorise sa lecture. Cela n’autorise pas nécessairement une entreprise à scanner vingt articles, à les envoyer à cinq cents salariés et à constituer une base documentaire permanente.

La rémunération de reprographie n’est pas une gratification accordée à titre gracieux. Elle procède de l’exploitation d’un droit patrimonial. Mais elle n’est pas non plus, dans chaque situation, une somme automatiquement due directement au journaliste : il faut identifier le titulaire des droits, les stipulations du contrat de travail ou d’édition, la licence éventuellement conclue avec le BMDAV et les règles de répartition applicables.

Le cadre légal marocain applicable aux articles de presse

La loi n° 2-00, pierre angulaire du droit d’auteur

La protection repose d’abord sur la loi n° 2-00 relative aux droits d’auteur et droits voisins, promulguée par le dahir n° 1-00-20 du 9 kaada 1420, correspondant au 15 février 2000, puis modifiée et complétée, notamment par la loi n° 34-05. Le texte doit être consulté dans sa version consolidée, car la numérotation et la portée de certaines dispositions ont évolué.

L’article 3 de la loi n° 2-00 protège les œuvres littéraires et artistiques originales, parmi lesquelles figurent les livres, brochures et autres écrits. Un reportage, une enquête, une analyse économique, un éditorial ou une chronique peuvent donc être protégés dès lors qu’ils portent l’empreinte personnelle de leur auteur. Aucun dépôt préalable, aucune mention « copyright » et aucun enregistrement administratif ne conditionnent la naissance du droit.

L’article 10 de la loi n° 2-00 reconnaît à l’auteur les droits patrimoniaux exclusifs, dont le droit d’autoriser la reproduction de son œuvre. C’est cette disposition, et non l’article 43, qui constitue le socle général du droit de reproduction. L’article 43 appartient à une autre partie du dispositif légal et ne doit pas être présenté comme la disposition générale créant le droit de reproduction.

Principe issu des articles 3 et 10 : un article original constitue une œuvre protégée et sa reproduction relève, sauf exception légale ou cession valable, de l’autorisation du titulaire des droits.

Le droit moral, prévu notamment par l’article 9, demeure attaché à la personne du journaliste. Il comprend en particulier le droit de revendiquer la paternité de l’œuvre et de s’opposer à une modification portant atteinte à son honneur ou à sa réputation. Ainsi, même lorsqu’un éditeur exploite les droits patrimoniaux, il ne peut normalement pas effacer arbitrairement le nom de l’auteur ou dénaturer gravement son article.

Les exceptions applicables à l’information et à la presse

Le droit d’auteur n’interdit pas toute citation. La loi autorise, sous conditions, certaines citations compatibles avec les usages honnêtes et justifiées par le but poursuivi. La source et le nom de l’auteur doivent être mentionnés lorsque cela est possible. Reprendre deux phrases pour commenter une enquête n’est donc pas la même chose que copier l’intégralité de l’article.

La loi contient également des exceptions liées à l’information d’actualité et à certains articles consacrés à des sujets économiques, politiques ou religieux. Leur mise en œuvre exige une lecture attentive, notamment lorsque la reproduction a été expressément réservée. Une mention telle que « reproduction interdite sans autorisation » peut avoir une portée déterminante.

Les reproductions réalisées par certaines bibliothèques ou certains services d’archives obéissent, elles aussi, à des conditions strictes. Elles ne constituent pas une autorisation générale permettant à un établissement d’enseignement de numériser un journal entier et de le mettre à la disposition de tous ses étudiants.

Dans ma pratique, l’erreur la plus courante consiste à confondre courte citation, revue de presse et reproduction intégrale. Le titre « revue de presse » n’a rien de magique. Si une société reprend quotidiennement l’intégralité des articles utiles à son activité et les diffuse à grande échelle, l’exploitation peut nécessiter une licence.

Convention de Berne et Accord sur les ADPIC

Le Maroc est lié par la Convention de Berne, qui consacre la protection automatique des œuvres littéraires et artistiques ainsi que le principe du traitement national. Il est également tenu par l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce, dit Accord sur les ADPIC, du fait de son appartenance à l’Organisation mondiale du commerce.

Ces instruments internationaux comptent notamment lorsqu’un article marocain est reproduit à l’étranger ou lorsqu’un texte provenant d’un média étranger est exploité au Maroc. Ils ne déterminent toutefois pas, à eux seuls, le montant que percevra un journaliste. Cette question dépend des licences, des accords de représentation et des règles de répartition des organismes concernés.

Reprographie et droits voisins : deux notions différentes

Les droits de reprographie relèvent principalement du droit d’auteur sur le texte. Les droits voisins protègent d’autres contributions, notamment celles des artistes-interprètes, producteurs de phonogrammes ou organismes de radiodiffusion. Un journaliste qui écrit un article agit en principe comme auteur. S’il intervient à l’antenne, réalise une prestation interprétée ou participe à une production audiovisuelle, d’autres qualifications peuvent s’ajouter, mais elles ne remplacent pas son droit d’auteur sur le texte.

Le BMDAV et la collecte des redevances

Du BMDA au Bureau marocain du droit d’auteur et des droits voisins

Le Bureau marocain du droit d’auteur a historiquement été organisé par le dahir portant loi n° 1-70-157 du 9 rejeb 1390. Son cadre institutionnel a profondément évolué avec la loi n° 25-19 relative au Bureau marocain du droit d’auteur et des droits voisins, promulguée par le dahir n° 1-22-52 de 2022. Le BMDAV est désormais un établissement public doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière, sous la tutelle de l’autorité gouvernementale chargée de la culture.

Sa mission comprend la gestion et la protection collectives des droits qui lui sont confiés, la conclusion de licences, la perception des sommes dues et leur répartition aux ayants droit suivant les règles applicables. Il peut également coopérer avec des organismes étrangers.

Cette évolution institutionnelle mérite d’être relevée. Beaucoup de professionnels continuent à parler du « BMDA droits auteurs journalistes », alors que la dénomination officielle est aujourd’hui BMDAV. Dans les formulaires, contrats et correspondances, mieux vaut employer le nom actuel.

Comment fonctionne une licence de reprographie ?

Une entreprise, une administration, une université ou un centre de documentation qui reproduit régulièrement des publications peut conclure une licence collective. Plutôt que de contacter séparément chaque journaliste et chaque éditeur, l’utilisateur verse une redevance calculée selon le périmètre autorisé : effectif, nombre de copies, secteurs concernés, volume documentaire ou autres critères contractuels.

Le BMDAV collecte ensuite les sommes couvertes par son mandat, retranche les frais de gestion conformément aux textes et documents de gouvernance applicables, puis répartit le solde entre les catégories d’ayants droit. La part revenant respectivement aux auteurs et aux éditeurs dépend des mandats, des contrats, des données d’utilisation et des règles de répartition publiées ou adoptées par l’organisme.

Il serait donc inexact d’affirmer qu’une taxe universelle est automatiquement prélevée sur toute photocopie réalisée au Maroc. Le mécanisme repose sur le droit exclusif, la gestion collective et les licences effectivement conclues. L’un des enjeux majeurs demeure précisément l’élargissement du nombre d’utilisateurs licenciés et l’amélioration de la collecte des redevances de reprographie au Maroc.

Transparence et reddition des comptes

Les journalistes peuvent légitimement demander des informations sur la période couverte, les sommes collectées, les frais de gestion, les catégories de bénéficiaires, la fréquence de répartition et les mécanismes de contestation. Une inscription sans information compréhensible sur la clé de répartition ne suffit pas à créer la confiance.

Les professionnels de la presse de Fès, Agadir, Oujda, Laâyoune ou Tanger rencontrent par ailleurs une difficulté concrète : l’accès aux informations et aux services reste souvent plus simple à Rabat. La dématérialisation des déclarations, lorsqu’elle est disponible, représente donc un véritable enjeu d’égalité territoriale, notamment pour la presse régionale et amazighophone.

Quels journalistes peuvent prétendre à une rémunération ?

Le journaliste salarié

Une question revient constamment : les droits appartiennent-ils au journaliste ou à son employeur ? La réponse ne tient pas en une phrase. Le régime des œuvres créées en exécution d’un contrat de travail est traité par l’article 32 de la loi n° 2-00, et non par l’article 18. Ce dernier concerne une exception d’utilisation à des fins d’enseignement et ne fonde pas une présomption générale de cession à l’employeur.

L’article 32 organise le sort des droits patrimoniaux d’une œuvre créée pour le compte d’un employeur dans l’exercice des fonctions de l’auteur. Son application dépend du contrat, de la mission professionnelle et de l’étendue nécessaire à l’activité habituelle de l’employeur. Le contrat de travail, la charte éditoriale, les avenants et les accords collectifs doivent donc être relus ensemble.

Un éditeur peut disposer du droit de publier l’article dans son journal et sur son site sans être nécessairement autorisé à céder toute exploitation imaginable, pour tous supports, tous territoires et toute la durée de protection. Inversement, une clause de cession rédigée de manière précise peut donner à l’entreprise de presse une position patrimoniale étendue.

Le droit moral reste personnel au journaliste. Pour un examen individualisé des clauses, consultez les règles applicables au contrat de travail du journaliste au Maroc. Une convention collective ne doit jamais être invoquée de manière abstraite : il faut vérifier sa version, son champ d’application et l’adhésion de l’employeur concerné.

Le pigiste et le correspondant de presse

Le pigiste n’est pas automatiquement titulaire de « tous » les droits simplement parce qu’il est payé à l’article. Il faut déterminer s’il est salarié, prestataire indépendant ou auteur lié par un contrat d’édition ou de commande. En droit du travail marocain, la qualification dépend de la réalité de la relation, notamment de l’existence d’un lien de subordination, et pas seulement du titre imprimé sur le contrat.

Lorsqu’aucune cession patrimoniale valable n’est intervenue, l’auteur indépendant conserve en principe ses droits. Il peut confier leur gestion au BMDAV, sous réserve des conditions d’admission. Le correspondant régional doit conserver ses bons de commande, factures, bulletins de pige, courriels éditoriaux et exemplaires publiés : ces documents permettront de prouver à la fois sa qualité d’auteur et le périmètre des droits transmis.

Les journalistes de la presse en ligne

Un article publié uniquement sur internet bénéficie de la même protection de principe qu’un article imprimé. La loi protège la création, non le papier. Un copier-coller intégral dans un intranet, une newsletter commerciale ou une base documentaire peut constituer une reproduction, même si le texte original était librement consultable.

Attention néanmoins aux contenus dépourvus d’originalité. Une donnée brute, un cours de change, un résultat sportif ou une information factuelle très sommaire ne sont pas appropriables en tant que tels. C’est la forme originale du récit, le choix des mots, la structure de l’enquête ou l’analyse personnelle qui reçoit la protection.

Les dépêches d’agence posent une difficulté supplémentaire. Le journaliste qui se limite à reproduire une dépêche n’en devient pas l’auteur. Celui qui l’enrichit par une enquête, des entretiens et une rédaction personnelle peut revendiquer des droits sur ses apports originaux, sans s’approprier le contenu antérieur.

Combien un journaliste marocain peut-il percevoir ?

Donner une somme type serait malhonnête. Il n’existe pas un tarif public universel promettant un montant fixe par article à chaque journaliste. La rémunération de reprographie de la presse au Maroc dépend des recettes réellement encaissées, de la période de répartition, des catégories d’ayants droit, des données d’utilisation et de la clé retenue.

Plusieurs indicateurs peuvent être pris en considération : nombre d’œuvres déclarées et validées, fréquence de reproduction, type de publication, tirage ou audience, relevés d’utilisation, sondages documentaires et accords conclus avec les éditeurs. L’ancienneté ne devrait pas, à elle seule, garantir une part plus élevée, sauf si les règles adoptées lui attribuent expressément une valeur.

Les montants marocains sont généralement présentés comme plus modestes que ceux des systèmes européens arrivés à maturité. La comparaison doit rester prudente. En France, le Centre français d’exploitation du droit de copie gère un marché de licences ancien et documenté. En Belgique, Reprobel intervient dans un environnement légal et économique différent. Leurs barèmes ne peuvent pas être transposés mécaniquement au Maroc.

Un journaliste a néanmoins intérêt à déclarer correctement l’ensemble des œuvres admissibles. Omettre dix années de publications réduit la qualité de son dossier et peut affecter sa répartition. Il ne faut pas non plus gonfler artificiellement la liste : les doublons, textes non signés ou contenus dont on n’est pas l’auteur peuvent entraîner une demande de justification, voire le rejet des déclarations concernées.

Quant aux reproductions à l’étranger, leur rémunération est possible lorsqu’un accord de représentation ou de réciprocité applicable permet à une société partenaire de collecter puis de transférer les sommes. Il faut demander au BMDAV la liste actualisée des accords couvrant précisément la reprographie de la presse. La simple existence d’une coopération générale avec un organisme étranger ne prouve pas que toutes les catégories de droits sont concernées.

S’inscrire au BMDAV : démarche pratique

Étape 1 : vérifier l’ouverture et les conditions

Avant de préparer le dossier, consultez les avis officiels du BMDAV ou contactez directement ses services. Les campagnes peuvent avoir une période déterminée, viser certaines œuvres ou imposer un format de déclaration. Une publication de presse annonçant une ouverture en 2024 ne permet pas de présumer que les mêmes modalités restent valables en 2026.

Le formulaire officiel doit préciser s’il s’agit d’une adhésion, d’un mandat de gestion, d’une déclaration d’œuvres ou d’une opération particulière de recensement. Ces actes n’ont pas exactement le même effet. Lisez aussi les clauses relatives à la durée du mandat, aux territoires couverts, aux retenues de gestion et aux conditions de retrait.

Étape 2 : constituer un dossier probant

Selon la campagne et la catégorie sollicitée, les pièces habituellement demandées peuvent comprendre :

  • le formulaire officiel dûment rempli et signé ;
  • une copie de la carte nationale d’identité électronique ;
  • la carte de presse professionnelle en cours de validité, lorsqu’elle est exigée ;
  • un relevé d’identité bancaire au nom du bénéficiaire ;
  • une liste structurée des articles : titre, média, date, rubrique, langue, URL et ISSN lorsqu’il existe ;
  • des exemplaires papier, PDF ou captures d’écran permettant de vérifier la signature et la date ;
  • les contrats de pige, attestations de publication ou documents établissant la titularité en cas de doute.

La carte de presse constitue un justificatif professionnel utile, mais le droit d’auteur naît de la création. Une personne peut être auteur sans détenir une carte de presse. Reste à savoir si la campagne administrative du BMDAV réserve une catégorie de bénéficiaires aux journalistes professionnels : c’est une condition de gestion qui doit être distinguée de l’existence du droit substantiel.

Étape 3 : dresser un inventaire exploitable

Un simple dossier contenant deux cents liens en vrac est difficile à vérifier. Créez un tableau avec une ligne par article. Ajoutez le titre exact, le média, la date, l’URL permanente, le nom sous lequel le texte a été signé, la langue, la rubrique et, si possible, une copie PDF.

Pour les articles en ligne, utilisez des captures complètes montrant l’URL et la date. Les pages web peuvent disparaître après une refonte. Pour les publications papier, photographiez ou numérisez la une, l’ours du journal et la page de l’article. Cette discipline documentaire sera également utile en cas de litige avec un éditeur ou un utilisateur.

Étape 4 : obtenir un récépissé et suivre la répartition

En cas de dépôt physique, demandez un récépissé daté mentionnant le nombre de pièces. Pour un dépôt électronique, conservez l’accusé de réception et une copie exacte des fichiers envoyés. Ne vous contentez pas d’une confirmation téléphonique.

Aucun délai uniforme ne peut être annoncé sans avis officiel. Le traitement dépend du contrôle d’identité, de la vérification des œuvres et du calendrier de répartition. Demandez par écrit la date prévisionnelle d’instruction et la procédure de réclamation en cas de rejet. Les journalistes peuvent aussi solliciter l’appui du Syndicat national de la presse marocaine pour les démarches collectives.

Les erreurs qui coûtent cher

La première erreur consiste à attendre le dernier jour. La deuxième est d’oublier les anciennes piges ou les publications régionales. La troisième, plus sérieuse, est de signer un mandat sans examiner les droits confiés. Enfin, beaucoup confondent le droit de reproduction avec le droit de représentation : projeter ou communiquer une œuvre à un public n’est pas juridiquement identique à en fabriquer une copie, même si les deux usages peuvent se cumuler.

Que faire lorsqu’un article est reproduit sans autorisation ?

Commencer par qualifier l’utilisation

Une capture d’écran isolée envoyée par un lecteur à un collègue ne se traite pas comme une base de données commerciale contenant des milliers d’articles. Vérifiez l’étendue de la copie, le nombre de destinataires, la durée de conservation, l’existence d’un abonnement, le caractère lucratif et la présence éventuelle d’une licence collective.

Il faut ensuite identifier le titulaire du droit d’agir. Si le journaliste a cédé les droits concernés à son employeur ou les a confiés en gestion exclusive au BMDAV, il ne pourra pas toujours réclamer seul l’intégralité des sommes. Le mandat et le contrat doivent être relus avant toute mise en demeure.

Conserver la preuve avant de protester

Pour un usage en ligne, réalisez immédiatement des captures d’écran montrant l’adresse, la date et le contenu reproduit. Téléchargez les fichiers accessibles et conservez les courriels d’envoi. Pour une diffusion importante ou susceptible de disparaître, faites dresser un constat par un commissaire de justice, profession issue de la réforme regroupant notamment les anciennes fonctions d’huissier de justice.

Un constat technique doit être méthodique : description du matériel, conditions d’accès, URL, chemin de navigation, date et heure. Une simple capture personnelle reste recevable comme élément de preuve, mais elle sera plus facilement contestée.

La mise en demeure

Une lettre recommandée avec accusé de réception doit identifier l’œuvre, exposer la titularité, décrire l’utilisation litigieuse et demander la cessation, la conservation des données d’usage ainsi qu’une proposition d’indemnisation. Un délai de huit à quinze jours est fréquent en pratique, sans constituer un délai légal universel.

La lettre peut aussi demander à l’utilisateur de confirmer s’il possède une licence BMDAV couvrant précisément les actes réalisés. Ne réclamez pas un montant arbitraire présenté comme un « tarif légal » s’il n’existe pas. L’indemnisation doit pouvoir être justifiée par la perte de redevance, l’ampleur de l’exploitation, le bénéfice réalisé et le préjudice moral.

Les recours judiciaires

La loi n° 2-00 prévoit des mesures civiles, des mesures conservatoires et des sanctions pénales contre les atteintes intentionnelles aux droits d’auteur. Les dispositions répressives figurent notamment à partir de l’article 64, dans la version consolidée issue des réformes. Selon les faits, la juridiction peut ordonner la cessation, la saisie de copies, la confiscation ou la destruction de supports illicites, des dommages-intérêts et des sanctions pénales.

Il faut se méfier d’une autre affirmation trop générale : le tribunal de commerce n’est pas automatiquement compétent pour toute affaire de copyright. La compétence dépend de la qualité des parties, de la nature de l’acte et des règles de la loi n° 53-95 instituant les juridictions de commerce. Un auteur personne physique peut, selon la configuration du litige, devoir saisir le tribunal de première instance. Les décisions peuvent ensuite être portées devant la cour d’appel compétente, puis faire l’objet d’un pourvoi devant la Cour de cassation.

Lorsqu’une infraction pénale est caractérisée, une plainte peut être déposée auprès du parquet compétent, de la police judiciaire ou de la gendarmerie royale selon le lieu et les circonstances. La Brigade nationale de la police judiciaire n’est pas le guichet automatique de toutes les plaintes de reprographie ; son intervention dépend de la nature et de l’ampleur du dossier.

Pour préparer une procédure, consultez un dossier sur l’action en contrefaçon au Maroc ou un avocat en propriété intellectuelle à Casablanca. Les professionnels installés hors de Casablanca peuvent également rechercher un avocat en droit de la presse à Rabat, un avocat en droit d’auteur à Marrakech ou un avocat en propriété intellectuelle à Tanger.

Prescription : ne retenez pas le délai de trois ans

Le délai pénal de trois ans parfois cité dans des contenus en ligne ne correspond pas au délai de droit commun actuellement associé aux délits dans le Code de procédure pénale marocain. L’article 5 du Code de procédure pénale fixe en principe à quatre ans la prescription de l’action publique pour les délits, sous réserve des causes d’interruption ou de suspension et des règles spéciales applicables.

Au civil, il n’existe pas une réponse unique de « dix ans » pour toute atteinte au droit d’auteur. La qualification de l’action compte. Pour une responsabilité délictuelle, l’article 106 du dahir formant Code des obligations et des contrats prévoit une prescription de cinq ans à compter de la connaissance du dommage et de son responsable, avec un plafond de vingt ans à compter du fait dommageable. Dans une relation commerciale, l’article 5 du Code de commerce peut également entrer en discussion. Concrètement, n’attendez pas : les preuves numériques disparaissent bien avant l’expiration du délai.

Les faiblesses du système marocain et les réformes attendues

Le premier obstacle n’est pas l’absence totale de textes. C’est le décalage entre la norme et la pratique. Beaucoup de journalistes ignorent le mécanisme, de nombreux utilisateurs ne savent pas quelle licence demander et les données permettant une répartition fine restent insuffisantes.

Le numérique complique encore la situation. Une entreprise peut diffuser chaque matin une revue de presse par messagerie, donner accès à des PDF sur Teams ou conserver des articles dans une base indexée. Ces usages sont plus difficiles à mesurer que les photocopies réalisées dans un centre de documentation. Pourtant, ils ont une valeur économique évidente.

Le BMDAV doit donc publier des règles lisibles, des rapports de collecte, des calendriers et des mécanismes de recours. Les syndicats de journalistes et les organisations d’éditeurs doivent, de leur côté, négocier une répartition équilibrée. Les auteurs ne peuvent pas être réduits à une présence symbolique, pas plus que les investissements des entreprises de presse ne peuvent être ignorés.

La directive européenne 2019/790 sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique ne s’applique pas au Maroc. Elle offre néanmoins un point de comparaison, notamment sur les usages numériques des publications de presse et les rapports entre plateformes, éditeurs et auteurs. Toute transposition conceptuelle devrait être adaptée au marché marocain, à la presse arabophone et amazighophone ainsi qu’à la fragilité économique de nombreux médias régionaux.

Ne laissez pas vos droits dormir dans un tiroir

Chaque article original est protégé dès sa création. Sa publication sur papier ou sur internet ne le transforme pas en contenu gratuit pour les entreprises, administrations ou plateformes. Le droit de reproduction appartient au titulaire déterminé par la loi et les contrats, tandis que le droit moral reste attaché au journaliste.

L’inscription auprès du BMDAV peut ouvrir l’accès à une gestion collective et à une rémunération équitable de la reproduction de la presse au Maroc. Elle doit cependant être accomplie avec méthode : vérifier la campagne en cours, inventorier les œuvres, relire les contrats, conserver les preuves et demander les règles de répartition.

Le message est simple. Ne signez pas à l’aveugle, ne promettez pas des montants imaginaires et ne laissez pas une reproduction massive sans réaction. Un article peut circuler pendant des années. Le dossier juridique, lui, doit être construit dès maintenant.

Avertissement professionnel : ce contenu fournit une information juridique générale à la date de sa rédaction. Il ne constitue pas une consultation personnalisée. Toute situation liée à une cession de droits, une mise en demeure ou une procédure doit être examinée par un avocat inscrit à un barreau marocain, à partir des contrats et preuves disponibles.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la reprographie et pourquoi un journaliste marocain peut-il être rémunéré ?
La reprographie désigne principalement la reproduction en fac-similé d’une œuvre écrite, notamment par photocopie ou numérisation. Les PDF, newsletters et intranets relèvent plus largement du droit de reproduction, même lorsque le terme reprographie n’est pas techniquement le plus précis. Les articles originaux sont protégés par les articles 3 et 10 de la loi n° 2-00, de sorte que leur exploitation peut donner lieu à une licence et à une rémunération. La somme revient au titulaire des droits ou aux ayants droit désignés par les contrats et les règles de répartition.
Comment s’inscrire au BMDAV pour percevoir des droits de reprographie ?
Il faut d’abord vérifier sur le site du BMDAV qu’une campagne est ouverte et consulter son règlement exact. Le dossier peut notamment comprendre le formulaire officiel, la CNIE, la carte de presse lorsqu’elle est demandée, un RIB et une liste documentée des articles publiés. Chaque œuvre devrait être accompagnée de sa date, de son support, de son URL ou ISSN et d’une preuve de publication. Conservez impérativement un récépissé ou l’accusé de réception électronique.
Un journaliste salarié peut-il percevoir des droits de reprographie ?
Oui, mais il faut examiner la titularité des droits patrimoniaux et le mandat de gestion collective. Le régime des œuvres créées dans une relation de travail relève de l’article 32 de la loi n° 2-00, et non de l’article 18, qui concerne l’enseignement. Le contrat de travail peut organiser l’exploitation des articles par l’entreprise de presse, sans faire disparaître le droit moral du journaliste. La part éventuellement versée à l’auteur dépend ensuite des contrats et des règles de répartition du BMDAV.
Les pigistes et correspondants de presse sont-ils éligibles ?
Ils peuvent être admis lorsqu’ils sont auteurs des œuvres déclarées et remplissent les conditions de la campagne concernée. Une pige ne signifie toutefois pas automatiquement que l’auteur a conservé tous ses droits : le contrat de commande, la qualification de la relation et les clauses de cession doivent être vérifiés. En l’absence de cession valable, le journaliste indépendant conserve en principe ses droits patrimoniaux. Il doit archiver ses contrats, factures, courriels de commande et exemplaires publiés.
Combien peut percevoir un journaliste marocain au titre de la reprographie ?
Aucun montant sérieux ne peut être annoncé sans connaître les recettes collectées et les règles du cycle de répartition. La rémunération dépend notamment des œuvres validées, des données d’utilisation, de la catégorie de publication et de la part attribuée aux auteurs et aux éditeurs. Les montants marocains peuvent rester modestes par rapport aux marchés européens plus anciens. Le journaliste doit demander au BMDAV la clé de répartition, les frais de gestion et la période exacte couverte.
Que faire si une entreprise reproduit mes articles sans licence ?
Commencez par conserver les preuves : PDF, courriels, URL, captures horodatées et, pour un dossier important, constat d’un commissaire de justice. Vérifiez ensuite votre propre qualité pour agir ainsi que l’existence éventuelle d’une licence BMDAV couvrant l’usage. Une mise en demeure recommandée peut demander la cessation, la conservation des données et une indemnisation. À défaut d’accord, une action civile ou pénale peut être envisagée devant la juridiction compétente avec l’assistance d’un avocat.
Quel est le délai de prescription applicable ?
Pour un délit, l’article 5 du Code de procédure pénale prévoit en principe un délai de quatre ans, sous réserve des interruptions, suspensions et dispositions spéciales. Le délai de trois ans souvent cité n’est donc pas une règle générale fiable au Maroc. Au civil, la qualification de l’action est déterminante : l’article 106 du DOC prévoit notamment cinq ans à compter de la connaissance du dommage et de son auteur en matière délictuelle, avec un plafond de vingt ans. Il faut agir rapidement, car les preuves numériques peuvent disparaître.
Les articles publiés uniquement sur internet sont-ils protégés ?
Oui, dès lors qu’ils présentent une originalité suffisante. La loi n° 2-00 protège l’œuvre indépendamment de son support, qu’elle soit publiée sur papier ou sur un site d’information. La reprise intégrale dans un intranet, une newsletter professionnelle ou une base documentaire peut donc être soumise à autorisation. En revanche, les faits bruts et informations sommaires ne sont pas appropriables en eux-mêmes.
Le BMDAV peut-il collecter des droits pour des reproductions à l’étranger ?
Cela est possible lorsqu’un accord de représentation ou de réciprocité couvre le territoire, les œuvres et la catégorie de droits concernés. Une coopération générale avec une société étrangère ne garantit pas automatiquement que la reprographie de la presse est comprise. Le journaliste doit demander au BMDAV la liste actualisée des accords et les périodes couvertes. Les sommes éventuellement transférées restent soumises aux règles de répartition et aux retenues applicables.
Quelle différence existe entre droits de reprographie et droits voisins ?
La reprographie relève du droit d’auteur sur l’article, c’est-à-dire de la protection du journaliste en tant que créateur du texte. Les droits voisins protègent notamment les artistes-interprètes, producteurs et organismes de radiodiffusion. Un journaliste peut être concerné par plusieurs qualifications lorsqu’il écrit un texte puis réalise une prestation audiovisuelle, mais les droits ne se confondent pas. Il faut identifier séparément chaque œuvre, prestation et mode d’exploitation.

Avocats recommandés

Échangez avec un avocat spécialisé sur ces sujets

Sofia Bennis
10 ans d'expérience

Sofia Bennis

Cabinet Me. Sofia Bennis•Casablanca

Avocate au Barreau de Casablanca, j’interviens principalement en droit des affaires et en contentieux à enjeux (commercial, fiscal, immobilier et social), avec une pratique orientée stratégie et résultats. J’accompagne dirigeants, investisseurs et institutions financières à toutes les étapes du dossier : analyse des risques, structuration juridique, négociation et gestion du contentieux. Mon approche est à la fois rigoureuse et opérationnelle, avec un objectif clair : sécuriser vos intérêts et optimiser vos chances de succès. Ce qui me distingue : une forte culture du résultat, une réactivité constante et une capacité à traiter des dossiers complexes avec une vision stratégique globale. J’accorde une attention particulière à la qualité de la rédaction et à la construction de l’argumentation, déterminantes dans l’issue des litiges.

Droit des affairesDroit de la familleDroit immobilier+15
Français · Arabe · Anglais
Contact direct uniquement
Hassouni Yassine
7 ans d'expérience

Hassouni Yassine

Cabinet Me. Hassouni Yassine•Marrakech

Vous avez besoin d’un accompagnement juridique fiable pour défendre vos droits et protéger vos intérêts ? Je vous propose une prise en charge complète de vos dossiers, comprenant le conseil, l’assistance, la rédaction d’actes et de contrats, le suivi des procédures ainsi que la défense de vos intérêts. Mon expertise porte principalement sur le droit des affaires, le droit du travail et le droit Administratif et immobilier. Au service des particuliers, des professionnels et des entreprises, Chaque dossier bénéficie d’un suivi personnalisé, rigoureux et confidentiel.

Droit des affairesDroit du travailDroit administratif+32
Français · Anglais · Arabe · +1
Réservation en ligne · aucun créneau dans les 14 joursPrenez rendez-vous par téléphone ou WhatsApp.