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Investissement étranger au Maroc : cadre juridique pour entrer au capital d’une société

Par Nadia Berrada

Rédactrice juridique — droit fiscal

Publié le

Temps de lecture estimé : 14 minutes

Investissement étranger au Maroc : un marché attractif, mais juridiquement encadré

Dans les opérations d’acquisition que nous suivons, la première question d’un fonds étranger est rarement celle du prix. Elle vient quelques minutes plus tard : pourrons-nous réellement détenir, contrôler et revendre cette participation, puis rapatrier le produit de cession ? C’est là que commence le véritable travail juridique.

L’entrée annoncée de Finance Technology Fund au capital d’Expertise Data, comme l’association entre DSV Group et ALF Holding, illustre une tendance que les praticiens du droit des affaires observent de près : les groupes internationaux ne s’implantent plus seulement au Maroc au moyen de filiales détenues à 100 %. Ils investissent aussi dans des entreprises marocaines existantes, notamment dans la technologie, la logistique, l’industrie, les services et l’agroalimentaire.

Les statistiques de l’Office des Changes font apparaître, pour 2023, un flux net d’investissements directs étrangers proche de 11 milliards de dirhams, selon l’indicateur et la présentation statistique retenus. Les recettes brutes d’IDE sont naturellement plus élevées, puisqu’elles ne sont pas diminuées des dépenses et désinvestissements. Cette distinction entre flux brut et flux net évite bien des comparaisons trompeuses.

Le droit marocain est globalement ouvert. Un investisseur non résident peut, dans la quasi-totalité des activités ordinaires, constituer une société, acquérir des parts ou actions et détenir jusqu’à 100 % du capital. Mais cette liberté ne dispense ni de la due diligence, ni du formalisme de droit des sociétés, ni de la traçabilité bancaire exigée pour bénéficier du régime de convertibilité.

En clair, une implantation réussie repose sur quatre piliers : une structure juridique adaptée, un investissement financé par une voie bancaire traçable, une fiscalité modélisée avant la signature et une documentation contractuelle préparant déjà la sortie.

1. La Charte de l’investissement de 2022 : le nouveau socle de la politique marocaine

1.1 De la loi n° 18-95 à la loi-cadre n° 03-22

La nouvelle Charte de l’investissement au Maroc résulte de la loi-cadre n° 03-22, promulguée par le dahir n° 1-22-76 du 14 joumada I 1444, correspondant au 9 décembre 2022. Elle a remplacé l’ancienne charte issue de la loi-cadre n° 18-95, qui avait structuré la politique d’investissement pendant plus d’un quart de siècle.

Une précision s’impose, car plusieurs fiches circulant encore en ligne attribuent à la loi-cadre n° 03-22 une promulgation en janvier 2022 ou citent le dahir n° 1-22-56. Ces références ne correspondent pas au texte promulguant la nouvelle Charte. Dans notre pratique, nous recevons encore des projets préparés à partir de l’ancienne loi n° 18-95, avec des seuils d’incitation ou des interlocuteurs institutionnels devenus obsolètes.

Article 3 de la loi-cadre n° 03-22 : la politique de l’État en matière d’investissement repose notamment sur la liberté d’entreprendre, la libre concurrence, la transparence, l’égalité de traitement des investisseurs sans distinction de nationalité, la sécurité juridique et la bonne gouvernance.

L’égalité de traitement constitue donc le point de départ du cadre juridique de l’investissement étranger. Elle ne signifie toutefois pas que toutes les activités sont entièrement déréglementées. Les établissements de crédit, les assurances, l’audiovisuel, certaines professions réglementées ou les activités nécessitant un agrément restent soumis à leurs textes sectoriels.

1.2 Des aides davantage orientées vers l’emploi et les territoires

La loi-cadre n° 03-22 organise un dispositif principal de soutien et des mécanismes spécifiques. Les primes peuvent notamment être liées à l’emploi, à la dimension territoriale du projet, au secteur d’activité, au développement durable ou à la participation des entreprises marocaines dans les chaînes de valeur.

Le principal texte réglementaire est le décret n° 2-23-1 du 25 rejeb 1444, correspondant au 16 février 2023, relatif à la mise en œuvre du dispositif principal de soutien à l’investissement et du dispositif applicable aux projets stratégiques. Il faut se méfier de l’expression informelle « code des investissements marocain 2023 » : le Maroc ne dispose pas d’un code unique portant ce nom. Le régime est réparti entre la loi-cadre, ses décrets, le Code général des impôts, la réglementation des changes et les textes sectoriels.

La réforme a également consacré la Commission nationale des investissements, présidée par le Chef du gouvernement, pour les projets relevant de sa compétence. Le Comité national de l’environnement des affaires, ou CNEA, participe pour sa part à l’amélioration du climat des affaires, mais il n’a pas été créé par la loi-cadre n° 03-22.

Attention toutefois : les textes d’application ont été publiés progressivement. Certains mécanismes, leur articulation avec les aides régionales ou les conditions pratiques de décaissement peuvent encore appeler une vérification au moment du dépôt du projet. Une présentation PowerPoint obtenue deux ans auparavant ne remplace jamais une lecture des textes et du cahier des charges applicable à la date de l’investissement.

2. Comment un fonds étranger entre-t-il au capital d’une entreprise marocaine ?

2.1 La due diligence juridique avant la lettre d’engagement

Lorsqu’un groupe étranger acquiert une participation dans une société marocaine existante, la première étape sérieuse est l’audit. La due diligence ne doit pas se limiter aux statuts et aux trois derniers bilans. Elle doit couvrir le registre du commerce, les pouvoirs des dirigeants, la propriété des titres, les nantissements, les contrats essentiels, les autorisations administratives, le foncier, la propriété intellectuelle, les contentieux, la fiscalité, la CNSS, le droit du travail et la conformité à la réglementation des changes.

Pour une société propriétaire d’un terrain, les certificats de propriété délivrés par l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie doivent être examinés directement. Pour une entreprise technologique, on vérifiera que les logiciels et marques ont effectivement été cédés à la société par les fondateurs. Pour une société employant du personnel, les déclarations CNSS, contrats de travail, indemnités potentielles et litiges devant les tribunaux sociaux doivent être rapprochés de la comptabilité.

L’investisseur doit aussi identifier les clauses de change of control. Un contrat bancaire, une licence de distribution ou un bail industriel peut autoriser le cocontractant à résilier si le contrôle de la société change sans son accord.

2.2 Cession de titres ou augmentation de capital

Deux routes sont possibles. Dans une cession, le prix est payé aux associés vendeurs. L’argent ne finance donc pas directement l’entreprise, sauf mécanisme complémentaire. Dans une augmentation de capital, les fonds entrent dans la société et servent au développement de son activité. Les opérations combinent souvent les deux : une partie en rachat de titres, une autre en apport d’argent frais.

Dans une SARL, la cession de parts à un tiers est soumise à la procédure d’agrément de l’article 58 de la loi n° 5-96. Sauf disposition statutaire régulièrement aménagée dans les limites légales, le tiers doit être agréé par la majorité des associés représentant au moins les trois quarts des parts sociales. La cession doit être constatée par écrit, enregistrée lorsqu’elle est soumise à cette formalité, signifiée ou acceptée par la société selon les formes légales, puis déposée au registre du commerce avec les statuts mis à jour.

Dans une SA, les actions sont en principe plus facilement transmissibles, sous réserve des clauses statutaires d’agrément, de préemption et des règles propres aux sociétés faisant appel public à l’épargne. Si la cible est cotée, la loi n° 26-03 relative aux offres publiques sur le marché boursier et les règles de l’Autorité marocaine du marché des capitaux deviennent déterminantes.

2.3 Pacte d’associés, garanties et contrôle

Le pacte d’associés organise ce que les statuts ne règlent pas suffisamment : composition des organes, décisions réservées, budget, information financière, droit de préemption, clauses de sortie conjointe, obligation de sortie, mécanismes anti-dilution et règlement des situations de blocage.

Le vendeur consent généralement une garantie d’actif et de passif. Elle protège l’acquéreur lorsqu’une dette fiscale, sociale ou judiciaire trouve son origine avant la réalisation de l’opération mais apparaît après. Le contrat doit fixer un plafond, une franchise, une durée et une procédure de réclamation. Les risques fiscaux sont souvent garantis jusqu’à l’expiration des délais de reprise applicables.

Pour les opérations importantes, il faut enfin contrôler l’application de la loi n° 104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence. Une concentration franchissant les seuils légaux doit être notifiée au Conseil de la concurrence avant sa réalisation. Signer et exécuter immédiatement la cession sans analyser ce point expose les parties à des sanctions.

3. SARL, SA ou succursale : choisir la bonne structure

3.1 La SARL avec associé non résident

La SARL, régie par la loi n° 5-96, demeure le véhicule privilégié des PME, des sociétés technologiques et des filiales opérationnelles. Un ou plusieurs associés étrangers peuvent détenir l’intégralité de son capital. Contrairement à une information encore souvent reproduite, la SARL marocaine n’est plus soumise à un capital minimum général de 10 000 dirhams : l’article 46 de la loi n° 5-96 prévoit que le capital est librement fixé par les associés.

Un capital symbolique reste néanmoins rarement judicieux pour une filiale internationale. Il fragilise sa crédibilité auprès des banques, fournisseurs, bailleurs et administrations. Il peut aussi entraîner un besoin immédiat de compte courant d’associé, dont le traitement au regard des changes et de la fiscalité doit être documenté.

3.2 La société anonyme à capital étranger

La SA est adaptée aux investissements plus importants, aux tours de table institutionnels et aux projets exigeant une gouvernance structurée. En vertu de l’article 6 de la loi n° 17-95, son capital minimum est de 300 000 dirhams, porté à 3 millions de dirhams lorsqu’elle fait publiquement appel à l’épargne.

La SA doit compter au moins cinq actionnaires. Elle peut fonctionner avec un conseil d’administration ou selon une structure à directoire et conseil de surveillance. Un commissaire aux comptes est désigné dès la constitution, conformément notamment aux articles 20 et 159 de la loi n° 17-95. Cette exigence augmente les coûts, mais elle apporte une discipline financière appréciée des investisseurs.

3.3 La succursale d’une société étrangère

La succursale ne possède pas de personnalité morale distincte de la maison mère. Celle-ci répond directement des engagements pris au Maroc. La succursale doit être immatriculée au registre du commerce, disposer d’une adresse et tenir une comptabilité correspondant à son activité marocaine.

Fiscalement, elle constitue généralement un établissement stable lorsque les critères de l’article 5 du Code général des impôts et de la convention fiscale applicable sont réunis. Ce véhicule peut convenir à une phase d’exécution contractuelle, mais il est souvent moins adapté à l’entrée ultérieure d’un partenaire ou à une cession autonome de l’activité.

3.4 Tableau comparatif

CritèreSARLSASuccursale
Personnalité morale distincteOuiOuiNon
Capital minimumLibrement fixé300 000 DH ; 3 000 000 DH en cas d’appel public à l’épargneAucun capital autonome
Nombre de détenteurs1 à 50 associésAu moins 5 actionnairesUne maison mère
Commissaire aux comptesPas systématique ; obligatoire notamment au-delà des seuils légauxObligatoire dès la constitutionSelon situation et obligations de la maison mère
Coût indicatif de constitutionEnviron 3 000 à 8 000 DH, honoraires et traductions variablesSouvent 15 000 DH ou davantage compte tenu de la gouvernance et de l’auditVariable selon légalisation et traduction des actes étrangers
Délai pratique7 à 15 jours ouvrables si le dossier est completDeux à quatre semaines en moyenneDeux à quatre semaines selon les pièces de la maison mère
Usage courantFiliale, PME, technologie, coentrepriseProjet institutionnel ou capital ouvertProlongement direct d’une entreprise étrangère

Ces coûts sont des ordres de grandeur, non des tarifs réglementés. Une opération comportant un apport immobilier, une autorisation sectorielle, un pacte complexe ou des documents provenant de plusieurs juridictions coûtera davantage. Pour sécuriser le choix du véhicule, l’intervention d’un avocat en droit des affaires à Casablanca peut intervenir avant même la rédaction des statuts.

4. Réglementation des changes : préserver le droit de rapatriement

4.1 Ce que recouvre l’investissement étranger

La réglementation des changes au Maroc repose sur les textes législatifs applicables et sur l’Instruction générale des opérations de change, publiée et mise à jour par l’Office des Changes. L’Instruction doit être consultée dans sa version en vigueur le jour de l’opération, et non dans une copie ancienne conservée par le porteur du projet.

À des fins statistiques, une participation d’au moins 10 % est généralement qualifiée d’investissement direct. En dessous, l’opération peut relever de l’investissement de portefeuille. Cette distinction ne signifie pas qu’une participation de 9 % serait interdite ou privée de toute protection : elle sert principalement à classifier l’investissement et à appliquer les rubriques pertinentes de la réglementation.

Le régime de convertibilité bénéficie aux investissements étrangers financés en devises, en dirhams convertibles ou selon une autre modalité admise. Il permet, sous réserve des justificatifs, le transfert des revenus de l’investissement et du produit de liquidation ou de cession.

4.2 La traçabilité bancaire est décisive

Le droit au transfert dépend d’une preuve simple en apparence : démontrer comment l’investissement initial est entré au Maroc. Les avis de crédit, messages SWIFT, attestations bancaires, contrats de cession, bulletins de souscription et déclarations doivent donc être archivés pendant toute la durée de l’investissement.

J’ai vu, lors d’un premier rendez-vous, un investisseur européen s’étonner que le dirham ne soit pas pleinement convertible. Il pensait qu’un dividende pouvait être viré comme un paiement à l’intérieur de la zone euro. Nous lui avons expliqué le fonctionnement du compte en devises et du compte étranger en dirhams convertibles. Son investissement était parfaitement réalisable ; il fallait simplement organiser le flux dès l’origine.

Le CEDC est un outil utile permettant à un non-résident de recevoir certaines sommes convertibles et d’effectuer les opérations autorisées. Il n’est toutefois pas exact de le présenter comme obligatoirement imposé à toute personne morale étrangère dans chaque investissement. La banque domiciliataire détermine, au regard de l’Instruction et du schéma financier, le compte et les justificatifs appropriés.

4.3 Rapatrier les bénéfices et le produit de cession

Avant le versement d’un dividende, l’assemblée générale ordinaire doit approuver les comptes et constater l’existence de sommes distribuables. La société acquitte ou retient les impôts applicables, puis remet à la banque le procès-verbal, les états de synthèse, les justificatifs fiscaux, l’identité du bénéficiaire et les preuves de financement initial.

Contrairement à une affirmation fréquemment reprise, le droit au transfert n’est pas formulé à l’article 16 de la loi-cadre n° 03-22 comme une procédure bancaire autonome. La garantie opérationnelle résulte surtout de la réglementation des changes, complétée, selon le cas, par les conventions fiscales et les traités de protection des investissements.

Lorsque le dossier est cohérent, une banque peut traiter le transfert en quelques jours à quelques semaines. Une estimation de 15 à 30 jours bancaires reste raisonnable pour un premier dossier, mais ce n’est pas un délai légal garanti. Les difficultés apparaissent surtout lorsque l’apport initial a transité par un compte personnel, que le prix figurant au contrat ne correspond pas au virement reçu ou que les archives bancaires ont disparu.

Nous conseillons systématiquement à nos clients de constituer dès le closing un dossier permanent de change. Il contiendra tous les documents nécessaires au rapatriement futur des dividendes et du prix de sortie.

5. Création d’une société marocaine avec un associé étranger

5.1 Les documents à préparer

Pour une personne physique étrangère, le dossier comprend habituellement une copie certifiée du passeport, une adresse, les statuts, la déclaration des bénéficiaires effectifs, le justificatif du siège et les formulaires d’immatriculation. Pour une personne morale étrangère, il faut ajouter un extrait récent du registre de commerce ou son équivalent, les statuts de la société mère, la décision autorisant l’investissement et le pouvoir du signataire.

Les documents étrangers doivent être apostillés lorsque la Convention de La Haye s’applique entre les États concernés. À défaut, une légalisation diplomatique ou consulaire peut être nécessaire. Les actes rédigés dans une autre langue sont accompagnés d’une traduction effectuée par un traducteur assermenté au Maroc, selon les exigences de l’administration ou du greffe.

La dénomination doit être réservée auprès de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale. Il est prudent d’obtenir le certificat négatif avant de finaliser les statuts. Une confusion fréquente porte sur le nom du portail : les services officiels relèvent de l’OMPIC et de la plateforme nationale de création d’entreprise, et non d’un site approximativement orthographié dans un courriel commercial.

5.2 Statuts, siège et compte bancaire

La constitution d’une SARL ne requiert pas, en principe, un acte notarié. Des statuts sous seing privé peuvent suffire. Le notaire devient toutefois incontournable ou fortement conseillé en présence d’un apport immobilier, d’une opération foncière ou d’un montage nécessitant un acte authentique.

Le siège peut être établi dans un local loué, un bien appartenant à la société ou auprès d’un domiciliataire conformément à la législation applicable. La convention de domiciliation doit être réelle, suffisamment longue et compatible avec l’activité. Une adresse utilisée par des centaines de structures sans service effectif peut provoquer des difficultés bancaires ou fiscales.

L’ouverture du compte bancaire doit être anticipée. Les banques appliquent des contrôles de connaissance du client, de bénéficiaire effectif et d’origine des fonds. Pour une holding étrangère comportant plusieurs niveaux, la banque demandera souvent l’organigramme jusqu’aux personnes physiques exerçant le contrôle ultime.

5.3 Registre du commerce, fiscalité et CNSS

Après signature, la société accomplit les formalités d’enregistrement, de dépôt, d’immatriculation au registre du commerce, d’identification fiscale et de publication. Le recours au guichet du Centre régional d’investissement ou à la plateforme électronique simplifie la circulation des informations entre administrations.

La loi n° 47-18 a réformé les CRI et créé les commissions régionales unifiées d’investissement. Il faut néanmoins distinguer le délai de création administrative d’une société du délai d’autorisation d’un projet industriel, touristique ou environnemental. Un dossier standard peut être finalisé en 7 à 15 jours ouvrables lorsqu’il est complet. Une autorisation foncière ou sectorielle prendra plus longtemps.

Dès l’embauche du premier salarié, l’entreprise doit accomplir ses obligations auprès de la CNSS. Le dossier de constitution et les démarches postérieures sont détaillés dans notre dossier consacré à la création de société au Maroc. Pour une opération réalisée à Rabat, un avocat en droit des sociétés à Rabat peut coordonner le greffe, le CRI, la banque et les conseils étrangers.

6. Fiscalité d’une société étrangère investissant au Maroc

6.1 Impôt sur les sociétés

Une filiale marocaine est résidente fiscalement au Maroc et relève du Code général des impôts. À l’issue de la réforme progressive introduite par la loi de finances pour 2023, le taux de référence de l’IS est, en 2026, de 20 % pour la majorité des sociétés. Le taux de 35 % vise en principe les sociétés dont le bénéfice net fiscal atteint ou dépasse 100 millions de dirhams, sous réserve des exclusions et règles particulières de l’article 19 du CGI. Certains établissements, notamment bancaires et d’assurance, relèvent d’un taux spécifique plus élevé.

Il serait donc inexact de présenter le système comme un simple barème « 20 % jusqu’à 100 millions de chiffre d’affaires ». Le seuil de 100 millions concerne le bénéfice net fiscal, non le chiffre d’affaires, et les régimes sectoriels doivent être examinés séparément.

6.2 Dividendes versés au non-résident

Les dividendes distribués à une société étrangère supportent une retenue à la source en droit interne, sous réserve d’une convention fiscale plus favorable. Le taux de 15 % souvent cité correspond à l’ancien taux général. La réforme engagée en 2023 a prévu une baisse progressive vers 10 % en 2026, avec des règles transitoires qui dépendent notamment de l’exercice d’origine des bénéfices distribués.

Avant toute distribution, il faut donc vérifier l’année de constitution des réserves, la qualité du bénéficiaire effectif et la convention applicable. La convention franco-marocaine du 29 mai 1970, par exemple, doit être lue avec ses avenants et les règles internes. Une société française interposée sans substance ne bénéficie pas automatiquement du meilleur taux.

Le Maroc compte plus de soixante conventions fiscales en vigueur ou signées avec des partenaires tels que la France, l’Espagne, l’Allemagne, les Pays-Bas et les Émirats arabes unis. Ces conventions répartissent le pouvoir d’imposer et prévoient un crédit d’impôt ou une exemption afin de limiter la double imposition.

6.3 Prix de transfert et holding étrangère

Une holding étrangère peut parfaitement détenir une filiale marocaine. Mais les intérêts d’emprunts intragroupe, redevances, frais de management et prestations techniques doivent respecter le principe de pleine concurrence. Le CGI permet à l’administration de rectifier les bénéfices indirectement transférés à des entreprises liées.

La documentation des prix de transfert devient donc centrale. Une facture intitulée « management fees » ne suffit pas : il faut démontrer la réalité du service, son intérêt pour la filiale et la méthode de calcul du prix. La direction effective doit également être surveillée. Une holding immatriculée à l’étranger mais entièrement dirigée depuis Casablanca peut soulever une question de résidence fiscale.

6.4 ZAI, CFC, TVA et taxe professionnelle

Les zones d’accélération industrielle, régies notamment par la loi n° 19-94 telle que modifiée, offrent un régime spécifique aux entreprises éligibles. Leur fiscalité a évolué avec les engagements internationaux du Maroc ; l’ancien résumé « zéro pendant cinq ans puis 15 % dans tous les cas » doit être vérifié à la lumière du CGI de l’exercice concerné.

Les sociétés disposant du statut Casablanca Finance City peuvent également bénéficier d’un régime fiscal particulier, notamment d’un taux spécifique de 15 % dans les conditions prévues par le CGI. Ce statut n’est pas une simple domiciliation : l’activité, la substance, les effectifs et la conformité aux conditions de CFC sont contrôlés.

La TVA dépend de la nature des opérations. Quant à la taxe professionnelle, l’exonération temporaire de cinq ans applicable à certaines activités nouvelles résulte de l’article 6 de la loi n° 47-06 relative à la fiscalité des collectivités territoriales, et non de l’article 6 du CGI. Une modélisation sérieuse doit être validée par un avocat fiscaliste à Casablanca.

7. Garanties offertes à l’investisseur étranger

7.1 Propriété et expropriation

Article 35 de la Constitution de 2011 : « Le droit de propriété est garanti. La loi peut en limiter l’étendue et l’exercice si les exigences du développement économique et social de la Nation le nécessitent. Il ne peut être procédé à l’expropriation que dans les cas et les formes prévus par la loi. »

L’expropriation pour cause d’utilité publique est régie principalement par la loi n° 7-81. Elle suppose une finalité d’utilité publique, une procédure légalement encadrée et une indemnisation. Un désaccord sur le montant peut être porté devant la juridiction administrative compétente.

7.2 Traités bilatéraux d’investissement

Le Maroc a signé de nombreux traités bilatéraux d’investissement. Leur nombre varie selon que l’on compte les textes signés, ratifiés ou effectivement entrés en vigueur. Ces traités peuvent prévoir un traitement juste et équitable, une protection contre l’expropriation illicite, la libre transférabilité et un recours à l’arbitrage international.

Les fonds du Golfe que nous rencontrons vérifient presque systématiquement le TBI applicable avant d’entrer au capital. Ce réflexe est sain. Le choix d’une holding ne dépend pas seulement de la retenue à la source : il faut aussi examiner la substance de la holding, la portée du traité et les clauses refusant les montages destinés uniquement à obtenir artificiellement sa protection.

7.3 Arbitrage et CIRDI

Le Maroc est partie à la Convention de Washington créant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements depuis 1967. L’accès au CIRDI n’est cependant pas automatique. Il faut un consentement valable à l’arbitrage, contenu dans un traité, une loi ou un contrat d’investissement.

Les contrats privés peuvent prévoir un arbitrage institutionnel ou ad hoc conformément à la loi n° 95-17 relative à l’arbitrage et à la médiation conventionnelle. Le choix du siège, de la langue, du droit applicable et de l’institution arbitrale mérite une rédaction précise. Un avocat spécialisé en arbitrage commercial international au Maroc vérifiera aussi l’articulation entre le pacte d’associés et les statuts.

7.4 Conventions d’investissement avec l’État

Les grands projets peuvent faire l’objet d’une convention avec l’État afin de fixer les engagements de l’investisseur, le calendrier, les emplois, les aides et les mécanismes de suivi. Il n’existe pas une règle universelle selon laquelle toute opération dépassant 100 millions de dirhams ou créant 50 emplois obtient automatiquement une convention et une clause de stabilité fiscale.

Les seuils et critères dépendent du dispositif mobilisé. Le régime des projets stratégiques, le dispositif principal de soutien et les conventions particulières doivent être distingués. Les demandes passent généralement par le CRI compétent et, selon leur niveau, par la Commission nationale des investissements.

8. Les erreurs les plus fréquentes

8.1 Nommer un gérant étranger sans analyser son statut

Un étranger peut être gérant d’une SARL, administrateur ou directeur général d’une SA. Aucune règle générale n’impose la nationalité marocaine. En revanche, s’il réside et travaille effectivement au Maroc dans le cadre d’un contrat de travail, les règles relatives au séjour et à l’emploi des étrangers s’appliquent.

L’article 516 du Code du travail impose à l’employeur qui recrute un salarié étranger d’obtenir une autorisation de l’autorité gouvernementale chargée du travail, accordée sous forme de visa apposé sur le contrat. L’ANAPEC intervient notamment dans la procédure d’attestation, sous réserve des catégories dispensées.

Le simple mandat social n’est pas toujours un contrat de travail. Tout dépend de l’existence d’une rémunération salariée, de fonctions techniques distinctes et d’un lien de subordination. L’absence de titre de séjour ou d’autorisation de travail n’annule pas automatiquement tous les actes sociaux du gérant ; elle crée toutefois des risques administratifs, sociaux et bancaires sérieux. Une analyse individualisée en droit des étrangers et investissement au Maroc est préférable.

8.2 Négliger le bénéficiaire effectif

Les sociétés marocaines doivent déclarer leurs bénéficiaires effectifs conformément au dispositif issu notamment de la loi n° 12-18 modifiant le cadre de lutte contre le blanchiment. Une chaîne de participations complexe ne dispense pas d’identifier les personnes physiques qui contrôlent ultimement l’investissement.

8.3 Oublier les formalités après le closing

La signature du contrat de cession ne clôt pas le dossier. Il faut enregistrer les actes concernés, mettre à jour les statuts, déposer les modifications au registre du commerce, modifier la déclaration des bénéficiaires effectifs, notifier les banques et accomplir les formalités de change requises.

Il n’est pas prudent d’affirmer qu’une déclaration à l’Office des Changes doit toujours être faite directement par l’investisseur dans un délai uniforme de vingt jours. Le canal, le délai et la responsabilité déclarative varient selon l’opération et la version de l’Instruction. Souvent, la banque domiciliataire effectue le compte rendu réglementaire sur la base des pièces remises par les parties.

8.4 Sous-estimer la sortie

Le pacte doit préparer la revente : valorisation, droit de préemption, sortie conjointe, obligation de sortie, introduction en bourse ou rachat par les fondateurs. La réglementation des changes doit elle aussi être anticipée. Sans preuve de l’investissement initial, le transfert du prix de cession peut devenir lent et coûteux.

Les opérations Finance Technology Fund–Expertise Data et DSV Group–ALF Holding sont, à cet égard, des illustrations de la tendance observée en 2024 : le capital international rencontre des entreprises marocaines déjà structurées. Mais chaque transaction conserve ses propres autorisations, garanties et contraintes sectorielles.

Conclusion : cinq réflexes avant d’investir au Maroc

  1. Auditer la cible, y compris sa situation fiscale, sociale, foncière et réglementaire.
  2. Choisir le bon véhicule entre SARL, SA, filiale et succursale.
  3. Faire entrer les fonds par un circuit bancaire traçable afin de préserver la convertibilité.
  4. Modéliser la fiscalité des dividendes, intérêts, prix de transfert et de la sortie.
  5. Documenter le contrôle et la sortie dans les statuts, le pacte et le contrat d’investissement.

Le Maroc offre aujourd’hui un environnement juridique relativement mature, consolidé par la loi-cadre n° 03-22, ses décrets, la réforme fiscale et la modernisation des CRI. L’ouverture est réelle. Elle ne dispense pas d’une exécution rigoureuse.

Selon le lieu d’implantation, le dossier pourra être confié à un avocat en droit des affaires à Marrakech ou, pour un projet industriel dans le nord et les zones d’accélération industrielle, à un avocat en droit des affaires à Tanger. Quelques heures de conseil avant la lettre d’intention coûtent presque toujours moins cher qu’une régularisation après le transfert des fonds.

Questions fréquentes

Un étranger peut-il détenir 100 % du capital d’une société au Maroc ?
Oui. Dans la quasi-totalité des activités ordinaires, un investisseur étranger peut détenir 100 % du capital d’une SARL ou d’une SA marocaine. L’article 3 de la loi-cadre n° 03-22 consacre notamment l’égalité de traitement des investisseurs sans distinction de nationalité. Des règles sectorielles subsistent néanmoins pour les établissements financiers, l’audiovisuel, certaines professions réglementées et les activités soumises à agrément.
Comment rapatrier les bénéfices d’une société marocaine vers l’étranger ?
Les comptes doivent d’abord être approuvés par l’assemblée générale, qui constate les sommes distribuables et décide le dividende. La banque vérifie ensuite le procès-verbal, les états financiers, les justificatifs fiscaux, l’identité du bénéficiaire et la preuve que l’investissement initial a été financé conformément à la réglementation des changes. Un premier dossier peut prendre environ 15 à 30 jours bancaires, sans que ce délai constitue une garantie légale. En 2026, le taux interne de retenue sur les produits d’actions est en principe arrivé à 10 %, sous réserve des règles transitoires et d’une convention fiscale plus favorable.
Quelle est la différence entre la Charte de l’investissement de 2022 et l’ancienne charte ?
La loi-cadre n° 03-22, promulguée le 9 décembre 2022, a remplacé la loi-cadre n° 18-95. Elle réoriente les aides vers l’emploi, les territoires, les secteurs prioritaires, le développement durable et les projets stratégiques. Le décret n° 2-23-1 du 16 février 2023 a précisé le dispositif principal de soutien et le régime des projets stratégiques. Les mesures restent réparties entre plusieurs textes : il n’existe pas, juridiquement, un document unique intitulé « Code des investissements 2023 ».
Combien de temps faut-il pour créer une SARL avec un associé étranger ?
Un délai de 7 à 15 jours ouvrables est réaliste lorsque toutes les pièces sont disponibles. Les retards proviennent souvent de l’apostille, de la légalisation consulaire, de la traduction assermentée ou des contrôles bancaires portant sur les bénéficiaires effectifs. Le coût global se situe fréquemment entre 3 000 et 8 000 dirhams pour un dossier standard, mais il augmente en présence d’un pacte d’associés, d’un apport immobilier ou d’une autorisation sectorielle. Le notaire n’est pas obligatoire pour une SARL ordinaire constituée sous seing privé.
Le dirham est-il librement convertible pour les investisseurs étrangers ?
Le dirham n’est pas pleinement convertible. Les investissements étrangers financés en devises ou selon une modalité admise bénéficient cependant d’un régime de convertibilité permettant le transfert des revenus et du produit de cession ou de liquidation. Le compte étranger en dirhams convertibles peut faciliter ces opérations, mais il n’est pas systématiquement obligatoire dans tous les montages. La traçabilité des fonds et la conservation des justificatifs bancaires sont essentielles.
Quel régime fiscal s’applique à une filiale marocaine détenue par un groupe étranger ?
Une filiale constituée au Maroc est soumise au Code général des impôts marocain. En 2026, le taux de référence de l’IS est de 20 % pour la plupart des sociétés et de 35 % lorsque le bénéfice net fiscal atteint ou dépasse 100 millions de dirhams, sous réserve des exclusions et régimes particuliers de l’article 19 du CGI. La TVA, la taxe professionnelle et les obligations de retenue à la source s’ajoutent selon l’activité. Les zones d’accélération industrielle et Casablanca Finance City disposent de régimes spécifiques soumis à des conditions d’éligibilité.
Un ressortissant étranger peut-il être gérant d’une société marocaine ?
Oui, un étranger peut être gérant d’une SARL ou dirigeant d’une SA. S’il réside au Maroc et y exerce un emploi salarié, il doit régulariser son séjour et respecter l’article 516 du Code du travail relatif à l’autorisation d’emploi des étrangers. Le mandat social n’est toutefois pas automatiquement assimilé à un contrat de travail : l’analyse dépend des fonctions exercées, de la rémunération et du lien de subordination. Une irrégularité migratoire ou sociale n’annule pas mécaniquement tous les actes du dirigeant, mais elle expose la société à des risques sérieux.
Quelles garanties le Maroc offre-t-il contre l’expropriation ?
L’article 35 de la Constitution garantit le droit de propriété et prévoit que l’expropriation ne peut intervenir que dans les cas et formes prévus par la loi. La loi n° 7-81 encadre la procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique et l’indemnisation. Les traités bilatéraux d’investissement peuvent offrir des protections supplémentaires, notamment contre l’expropriation illicite et les traitements discriminatoires. Le Maroc est également partie à la Convention CIRDI, mais l’arbitrage exige toujours un consentement valable.
Qu’est-ce qu’une convention d’investissement avec l’État marocain ?
Il s’agit d’un contrat fixant les engagements du porteur de projet et, le cas échéant, les aides ou mesures d’accompagnement accordées par l’État. Le projet est instruit par le CRI et peut relever de la Commission nationale des investissements selon son montant, son caractère stratégique et les critères réglementaires. Les aides ne sont pas automatiques du seul fait qu’un projet dépasse 100 millions de dirhams ou crée 50 emplois. Le contenu de la convention, les conditions de décaissement et les obligations de suivi doivent être négociés avec précision.
Peut-on investir au Maroc par l’intermédiaire d’une holding étrangère ?
Oui, cette structure est courante et licite. Il faut toutefois examiner la retenue à la source sur les dividendes, la convention fiscale, le traité d’investissement applicable, la substance de la holding et le risque de direction effective depuis le Maroc. Les prêts, redevances et frais de management intragroupe doivent respecter les règles de prix de transfert. Une holding créée uniquement pour obtenir artificiellement un avantage conventionnel peut se voir refuser cet avantage.

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